S'attaquer à une franchise aussi mythique que Rocky et à son spin-off Creed, c'est inévitablement prêter attention aux détails. Derrière les combats se cachent souvent des thèmes plus profonds, et c'est précisément sur ce terrain que Creed II se montre plus ambitieux que son prédécesseur.
À première vue, le film raconte l'affrontement entre Adonis Creed et Viktor Drago, le fils d'Ivan Drago. On pourrait croire à une simple histoire de vengeance, un écho direct à Rocky IV. Pourtant, le véritable sujet est ailleurs : la filiation, le poids de l'héritage et la difficulté de vivre dans l'ombre d'un père.
Paradoxalement, l'intérêt du film ne vient pas de son héros. Adonis reste un personnage étonnamment lisse, auquel Michael B. Jordan peine à insuffler une véritable épaisseur émotionnelle. Malgré son investissement physique, l'acteur ne parvient jamais à faire oublier que son personnage manque d'aspérités.
Sylvester Stallone, en revanche, rappelle pourquoi Rocky demeure le cœur émotionnel de cette saga. Vieilli, malade, confronté à son propre déclin, son personnage refuse de se soigner, comme s'il avait déjà accepté sa fin. À chacune de ses apparitions, le film gagne en intensité. Sa seule présence suffit à donner du poids aux scènes les plus simples.
Mais la véritable réussite de Creed II réside dans la famille Drago. Là où Rocky IV réduisait Ivan Drago au rôle de machine soviétique, symbole d'une propagande typique des années 1980, cette suite lui offre enfin une dimension tragique. Ivan est un homme brisé, hanté par sa défaite et par tout ce qu'elle lui a coûté. Son fils Viktor porte, lui aussi, le fardeau d'un héritage qu'il n'a jamais choisi. Leur relation, faite de silence, de frustration et d'amour maladroit, est de loin la plus touchante du film. Il y avait là la matière d'un grand drame familial, et l'on regrette presque qu'un projet centré sur les Drago n'ait jamais véritablement vu le jour.
Même relégués au rang de seconds rôles, Ivan et Viktor éclipsent la famille Creed. En quelques scènes seulement, ils dégagent une vérité et une puissance dramatique que les personnages principaux peinent à atteindre.
Au final, Creed II demeure le meilleur épisode de la trilogie Creed. Plus mature dans ses intentions et plus riche dans ses thèmes, il n'atteint toutefois jamais la puissance émotionnelle des meilleurs films de la saga : Rocky, Rocky II, Rocky V et surtout Rocky Balboa, qui restent les sommets de l'œuvre imaginée par Sylvester Stallone.