Un film choral avec du casting plein les yeux. Ça commence comme un thriller de casse classique, jeu du chat et de la souris à la Heat, un peu de romance, puis une dénonciation d'une société corrompue à tous les niveaux, ici un truc sur les classes sociales, là un autre sur la violence. Sauf qu'à force de vouloir tout faire, le film ne fait rien.
Des acteurs charismatiques ne suffisent pas à faire des personnages charismatiques. Un voleur qui est "un bon gars au fond" parce que "enfance difficile", un flic intégre dans une police pourrie, une working girl désabusée... Rien d'original dans cette société capitaliste fatiguée, qui se regarde le nombril, se parodie sans fin, mais n'arrive plus à produire une critique qui dépasse le stade du clin d'œil. Le film effleure constamment des sujets qui aurait pu lui donner du poids: évasion fiscale et blanchiment d'argent des milliardaires, monde impitoyable des compagnies d'assurance, corruption de la police, la violence des pauvres qui veulent devenir riches trop vite, un sous-texte de véritable guerre des classes... tout est suggéré et rien n'est assumé.
Le message est à l'image de ses personnages, très lisses et très propres, ça a de la gueule mais ça manque de tripes. Tout comme cette réalisation bien léchée, avec des braquages sont bien chorégraphiés et des courses efficaces. Je retiens une scène en miroir entre le flic et le voleur remarquablement montée. Mais même l'esthétique est empruntée : ce filtre gris-bleu que l'on voit partout de nos jours, ces flous artistiques et ces lumières stéroidées, décidemment le spectre de Drive plane sur beaucoup de films.
Un seul personnage détonne : le gamin en colère joué par Barry Keoghan. Lui, il veut faire ses preuves. Il veut sortir de sa condition, et sa violence n'est pas une pose, c'est une nécessité. Évidemment, c'est le personnage le moins exploré (et le seul à être puni à la fin). Trop dangereux, peut-être. Trop punk avec ses cheveux péroxydés, ses tatouages, son blouson rose néon et sa motrocross. Trop réel.
Alors on regarde Crime 101 comme on feuillette un magazine dans une salle d'attente. Ça passe le temps, c'est joli, et ça ne risque pas de vous donner des idées.