Il y a des films qui à leur sortie ratent une marche et souffrent de la comparaison avec d'autres œuvres dont ils peuvent être proches. "Crime 101" est de ceux-là. La marche ratée c'est celle de sa sortie en salle aux US, et ensuite Amazon qui le bazarde sans réelle promo sur Prime ; le parallèle, ce sont les films de Michael Mann. Mais passez outre tout ça, installez vous confortablement, et laissez vous porter par ce film qui, j'espère, sera reconnu pour ce qu'il est ; un peu comme Collatéral qui avait fait un bide à sa sortie.
Sincèrement ; Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Halle Berry, Barry Keoghan, et même le retour de Nick Nolte ! Nolte dans ce type de polar urbain crépusculaire, c'est une évidence. Il appartient à cette génération d'acteurs qui ont construit leur légende exactement dans ce genre-là. Il y a quelque chose d'émouvant à le voir réapparaître dans un film qui revendique justement la filiation avec le grand polar américain des années 80-90. Presque comme si le film se donnait une caution générationnelle.
Alors oui, dans les scènes de braquage filmées au cordeau, on peut penser au travail de Michael Mann, mais bon, il n'est pas non plus le seul à savoir le faire. Preuve en est. Personnellement j'ai plutôt pensé aux films de McTiernan ; cette lisibilité absolue de l'espace, cette discipline de mise en scène où même dans l'action la plus tendue on sait exactement ce qui se passe et pourquoi ça compte. Et ça colle bien avec ce que Layton fait : la caméra reste à hauteur d'homme, privilégie l'impact physique et émotionnel sur les visages plutôt qu'un découpage frénétique façon Mann. Il y a d'ailleurs une référence à "Thomas Crown" dans une scène entre Ruffalo et Hemsworth.
Ce qui est fort dans ce film, c'est la cohérence psychologique de Davis, le personnage d'Hemsworth. Un grand gaillard qui flippe avant chaque braquage, qui ose à peine regarder une femme dans les yeux ; mais qui ose quand même, dans les deux cas. Pas un prédateur. Un funambule. Le corps capable de tout, l'intérieur qui vacille. Et Hemsworth, qu'on a longtemps cantonné à sa carrure Marvel, incarne ça avec une justesse et une intériorité qu'on ne lui connaissait pas. C'est peut-être sa meilleure performance.
Mais ce qui élève vraiment le film au-dessus du simple exercice de genre, c'est ce qu'il fait de la morale de chacun de ses personnages. Pas de héros, pas de salaud ; trois individus pris dans un système qui les a floués, et qui finissent par agir selon leur propre code plutôt que selon les règles qu'on leur a imposées. Davis vole, certes, mais avec une éthique presque artisanale ; jamais de violence, jamais d'imprudence, une forme de dignité dans le geste. Sharon, le personnage de Halle Berry, se fait depuis des années voler son travail par des supérieurs qui s'en attribuent le mérite ; et elle choisit le moment et la manière de reprendre ce qu'on lui doit. Lou, lui, traque Davis pendant tout le film avec l'acharnement du bon flic taiseux ; et au moment décisif, il choisit la logique de ce qu'il a compris plutôt que la logique institutionnelle qui le méprise pour son honnêteté. Une revanche sur le système donc, pour chacun des trois. Silencieuse, personnelle, sans discours.
Quant à la fin ; sans rien révéler, elle refuse le manichéisme facile. Lou n'est pas corrompu, Davis n'est pas absous. Juste deux hommes qui, une fois débarrassés du cadre, font le choix le plus humain disponible. Ce grand sourire de Ruffalo dans les dernières secondes, intime et pas victorieux, vaut à lui seul le détour.
Un bon film. Vraiment.