Le film démarre sur des comptines enfantines avant de céder la place à des images d'archives de foules en liesse acclamant les dignitaires nazis. Mais les images sont entrecoupées de scènes de guerre d'abord triomphantes et victorieuses avant de distiller la défaite, les cortèges de prisonniers, la destruction, la ruine et la mort.

Le film s'achève à nouveau sur la comptine enfantine et sur fond de rire homérique puis amer de James Coburn. S'affiche alors l'extrait de la pièce de théâtre de Bertold Brecht, "la résistible ascension d'Arturo UI", parabole sur l'irrésistible ascension d'Hitler de 1930 à l'Anschluss en 1938. Pièce que je n'ai jamais vue ou lue mais que j'aimerais bien trouver un jour.

Ne vous réjouissez pas de la défaite du monstre, vous les hommes

Car, même si le monde s'était levé pour l'arrêter,

La putain qui l'a engendré est de nouveau féconde.

D'un générique à l'autre, Sam Peckimpah nous livre donc la vie d'un groupe de militaires allemands pendant quelques mois, en 1943, après la bataille de Stalingrad. C'est la retraite où les allemands sont en butte aux attaques incessantes des soviétiques. Plus personne, du colonel (James Mason) aux soldats en passant par le sergent Steiner (James Coburn) ne croit plus en grand-chose sinon à tenter de passer à travers les gouttes (de feu). Mais même pour ça, il faut se battre durement et salement. Jusqu'à l'arrivée du capitaine Stransky (Maximilian Schell), officier de salon nazi venu pour gagner une croix de fer sans trop prendre de risques. Les relations entre le capitaine et le sergent vont rapidement devenir conflictuelles …

Le regard que porte Sam Peckimpah (à travers celui du sergent Steiner) sur la guerre et ses vacheries est très troublant et, modifie l'image que l'on pouvait avoir de lui, lorsqu'on regarde ses westerns flamboyants de sa grande époque où la violence, parfois gratuite, souvent complaisante, s'exprime dans les ralentis, les geysers de sang, les trajectoires des balles.

Là, si les procédés cinématographiques demeurent à peu près les mêmes, la violence n'est plus gratuite mais est bien réelle. Elle révèle l'inacceptable, les meurtres d'enfants, les viols de femmes, les trahisons … Conservant un reste d'humanité, le sergent Steiner ne peut plus encaisser ni admettre. Même dans la défaite, dans la retraite, il y a des limites qu'on ne peut pas franchir. Et pourtant, la guerre a définitivement détruit l'homme dans son essence, incapable de profiter de son repos pour vivre un temps de paix avec l'infirmière (Senta Berger), incapable d'imaginer un futur retour à une vie normale, en temps de paix. Seul compte le retour vers un monde violent devenu la seule raison d'exister. Comme si la guerre était devenue une fin en soi.

Alors, allemands ou russes, quelle différence cela fait sur un terrain où, depuis longtemps, il n'est plus question d'idéologie, quand l'enfant russe capturé confie à Steiner son harmonica, avant de mourir, tué par les siens. Ou encore quand la soldate russe tue à l'arme blanche le jeune soldat allemand à peine sorti de l'enfance.

Il n'y a pas de complaisance chez Peckimpah dans la description de la guerre avec ses horreurs normales et inévitables, son cortège de morts et ses héros qui ont perdu toute illusion en ne cherchant plus qu'à survivre. Il y a de l'absurdité dans cette guerre, à l'origine portée pour défendre une idéologie (contre une autre) et dont plus personne ne se préoccupe.

"Croix de fer" est un film puissant, sans concession, dur, désenchanté dans son regard porté sur la guerre. C'est, pour moi, un des meilleurs films réalisés par Peckimpah.


JeanG55
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le 28 févr. 2026

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