Cruel
6.3
Cruel

Film de Éric Cherrière (2017)

"Maintenant, ils savent que j'existe".
On pourra claironner que les tueurs en série sont tous frappés d'une maladie mentale, que ce sont des natural born-killers, super-prédateurs instinctifs ou grossières erreurs de la Nature.
Pourtant, Pierre Tardieu, 40 ans, n'a visiblement rien d'un monstre. Il a la voix grave un peu froide, mais c'est un bosseur courageux, abonné à l'intérim, et un bon fils qui s'occupe de son vieux père Alzheimer muré dans le silence.
Alors qu'est-ce qui pousse cet anonyme dans la peau d'un assassin, sinon la folie pure ?


Loin des idées reçues, Eric Cherrière dresse le portrait d'un tueur méthodique ou opportuniste, un monsieur-tout-le-monde discret, qui est tout, sauf effrayant.
Rapidement, une conclusion s'impose. Celle que que Pierre n'est pas né tueur, il l'est devenu, sous le poids d'une mortelle solitude affective et sexuelle.
Hanté par le souvenir d'enfance d'une mère aimante, ces jours heureux contrastent trop durement avec sa vie d'homme totalement sevré d'amour (ni femme, ni enfants), jusqu'à ce que cette violence du vide l'aspire à s'emparer de la vie des autres pour remplir la sienne, voire, lui donner un sens.
La frustration de l'ultra-solitaire se retourne contre l'innocent aux joues roses et à la vie comblée, renvoyant à son corps défendant, le tueur à son gouffre affectif.
Alors, quand une femme le regarde avec désir et tendresse, pour la première fois depuis trop longtemps, c'est tout son univers morbide qui bascule dans l'incertitude, car enfin, le fantôme se sent à nouveau exister...


Ainsi l'affiche est trompeuse. En filigrane, Cherrière nous murmure que la cruauté n'est pas en Pierre, mais dans une société sans égards ni pitié pour les faibles et les loosers, au point de créer des assassins qui n'ont plus grand-chose à perdre.
Sobre, jamais spectaculaire, moraliste ou manichéen, "Cruel" est une oeuvre d'une intelligence rare, et sûrement trop subtile pour un grand public qui n'a que faire de la vie intérieure d'un tueur, car in fine, seuls les actes comptent.
Et chacun doit les assumer jusqu'au bout, ce que fera Pierre par cette rencontre amoureuse qui bouleversera sa vie comme jamais auparavant...

franckwalden
8
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le 8 déc. 2017

Critique lue 797 fois

Franck Walden

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