"Cruella" offre une réinterprétation audacieuse de la vilaine emblématique de Disney, mais ce qui ressort particulièrement de ce préquel, c'est la complexité inattendue de l'antagoniste principale, la baronne von Hellman, incarnée par Emma Thompson.
La baronne von Hellman n'est pas une méchante de carton-pâte, ce que je craignais dans la mesure où ce personnage a été créé pour ce film. Au contraire, la baronne von Hellman est une figure de pouvoir, elle est manipulatrice, méchante et... cruelle. Elle est la figure d'autorité contre laquelle Estella doit se définir pour devenir une méchante qui se doit de dépasser de loin son maître en cruauté. Emma Thomson incarne la baronne von Hellman avec brio et chacune de ses apparitions rend son personnage plus odieux et plus terrible que la précédente.
Chacune des interactions entre Estella / Cruella (Emma Stone) et la baronne souligne les thèmes du film : la lutte pour l'identité, la rébellion contre les normes, et le coût de l'ambition. Emma Thompson apporte une froideur aristocratique et une détermination sans faille à son personnage, faisant de chaque scène partagée un duel psychologique autant que visuel.
La direction artistique et les costumes renforcent ce contraste. La baronne est parée de tenues qui émanent le pouvoir et la tradition, tandis que Cruella est l'expression de la révolution et de l'excentricité. Les décors, les choix musicaux, tout est au service de cette confrontation épique.
La performance d'Emma Stone est la pierre angulaire du film. Elle incarne Estella / Cruella avec une intensité et une complexité qui font oublier la caricature de méchante des dessins animés. Son interprétation est un équilibre impressionnant entre innocence et venin, capturant l'essence d'une femme brisée par le destin mais déterminée à se réinventer. Face à elle, Emma Thompson, en tant que baronne von Hellman, apporte une froideur et une sophistication qui créent une dynamique électrique. La rivalité entre les deux est le moteur émotionnel du film, chaque confrontation étant une bataille de style et de pouvoir.
La direction artistique, sous la direction de Jenny Beavan pour les costumes, est un chef-d'œuvre. Chaque tenue est une déclaration, un mélange de punk, de glamour et de rébellion qui donne vie à l'époque et au personnage de Cruella. Les décors de Londres des années 70 sont si bien réalisés qu'ils deviennent un personnage à part entière, vibrant de culture et de désordre créatif. La musique, avec sa sélection de classiques revisités et de compositions originales, ajoute une couche d'énergie, rendant chaque scène plus dynamique, plus palpitante.
"Cruella" souffre de plusieurs faiblesses narratives et structurelles. Le rythme du film est inégal; certains moments semblent s'éterniser, réduisant l'élan du récit, tandis que d'autres passages, plus cruciaux pour la compréhension des motivations de Cruella, sont rapidement survolés. Le développement des personnages secondaires est particulièrement décevant. Les acolytes de Cruella, joués par Joel Fry et Paul Walter Hauser, bien que charmants, manquent de profondeur, servant plus comme décors que comme éléments essentiels à l'histoire.
La tentative de donner une histoire personnelle à Cruella pour humaniser son personnage est louable mais parfois trop indulgente. Le film semble parfois se pencher vers une justification de ses actes malveillants, ce qui peut être interprété comme une glorification de la cruauté plutôt que comme une exploration de la complexité de l'âme humaine. De plus, le scénario semble plus préoccupé par le style que par la substance à certains moments, laissant une impression que l'esthétique prend le pas sur la profondeur narrative.
"Cruella" est un film qui mérite d'être vu pour les performances d'Emma Thompson en tant que baronne von Hellman, une méchante qui vole la vedette par sa présence imposante, sa profondeur inattendue et sa froideur digne des plus grands vilains de l'histoire du cinéma. Le film a une photographie, des décors et des costumes magnifiques et il offre une exploration intéressante de la rivalité et de l'identité, mais son potentiel narratif est en partie entravé par des choix de rythme et des développements de personnages inégaux. Le personnage central est Cruella mais la baronne est une révélation, mais le film aurait gagné à approfondir davantage cette relation complexe.
Pour moi, "Cruella" aurait mérité d'être un film en trois parties. Un premier film dans lequel Estella apprend de la baronne von Hellman (la Cruella de ce premier film), un second film dans lequel Estella aurait combattu la baronne von Hellman et un troisième film montrant l'étendue de la cruauté d'Estella qui aurait une jeune apprentie à ses côtés. La boucle aurait été bouclée de la plus belle des manières.