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Attention : Spoilers


Kurosawa prend initialement le chemin du genre Hollywoodien en vogue dans les années 90, celui du film de serial killer et de l’enquête qui en découle. Se7en revient particulièrement en tête, jusque dans la figure du flic qui se bouffer par son enquête et dont la femme paraît immédiatement victime idéale.


Mais dès lors que la piste passe du plausible au surnaturel, Cure trace sa propre voie. La bascule dans l'ésotérisme s’accompagne d’un changement radical dans le dispositif narratif. Alors que les deux premiers tiers du récit s’avéraient très théâtraux, faits de longs plans quasi fixes qui filment des conversations au sein de décors dépouillés dans lesquelles les acteurs occupent l’espace, tout le dernier acte semble plonger dans une confusion totale, où se mêlent époques et points de vue dans la psyché fracturée des personnages.


C’est la résultante de la rythmique lente et répétitive des meurtres, complètement désémotionnés, calmes, qui finit par donner un effet de métronome propre à la transe du spectateur. Un effet appuyé par le fond sonore, une permanence de grondements et raclements métalliques que même le bruit des vagues semble épouser (je ne serais par ailleurs pas étonné d’apprendre que les sound designers des Silent Hill se soient inspirés de Cure). L’hypnose se fait extradiégétique, tant et si bien qu’il m’a fallu remettre les cinq dernières minutes du film que je n’ai simplement pas vu la première fois, trop hagard que j’étais.


On ne peut faire que ce à quoi l’on pense déjà lorsque l’on est soumis à l’hypnose. Ce n’est qu’une technique d’incitation, la petite poussée qui fait passer à l’acte. Cure s’installe ainsi comme une exploration de la potentialité du mal en chacun, et de l’interrupteur qui lui permet de faire surgir. Et si la plupart des victimes de l’amnésique sont facilement convaincues, c’est en raison du caractère maladif de la société japonaise telle qu’elle est dépeinte par Kurosawa. Les cellules familiales et professionnelles sont fragiles, tandis que la ville elle-même n’est qu’un amalgame de béton et de nœuds électriques, de peintures craquelées et de plafonds rongés par la moisissure, une morne grisaille que n’agite que la pluie.


Comme dans Se7en, l’eau peut ici symboliser l’absolution des péchés. Mais son caractère informe pourrait aussi être l’apanage de ce mal, de ce pouvoir malsain, qui par le biais de la femme de Takabe peut achever sa transférence dans un jeu de vases communiquants. Le fantôme amnésique, dont l’absence d’identité permettait au mal d’en occuper l’enveloppe, peut s’évanouir définitivement alors que la souillure gagne le flic.


La multiplicité des pistes symboliques et sensorielles de Cure en font une œuvre profuse dont les interprétations que j’en tire sont loin d’être exhaustives. A tirer sur les différentes ficelles pourvues par Kurosawa, il y aurait sans doute une multitude de lectures à extraire des ombres. Une œuvre qui interpelle et qui marque, et que je reverrai sûrement plusieurs fois pour en saisir toujours plus.


Il va falloir que je revois Kaïro du coup.


Créée

le 29 sept. 2025

Critique lue 15 fois

Frakkazak

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