Contrairement à 80% des gens qui ont effectué la démarche de visionner Dagon, je suis pas venu pour juger du degré de fidélité à l'œuvre de Lovecraft. Non, c'est bien mon amour pour Resident Evil 4, l'indépassable jeu de Konami sorti en 2005, réalisé par Shinji Mikami qui m'a poussé à sacrifier une heure 30 de ma vie. Car Mikami était un fan de ce film de Stuart Gordon, produit par Brian Yuzna.

Et si RE4 est un chef d'œuvre absolu à ranger aux côtés de Shining, Massacre à la tronçonneuse, et d'autres films immenses, il n'en va pas de même pour cette réalisation espagnole la plus souvent consternante, et qui évoque plus volontiers le fond de catalogue Nanarland que le Saint Graal du film d'horreur. La faute avant tout à une réalisation fauchée qui dès les premières minutes laisse planner un doute qui ne s'estompera jamais véritablement : Existe t'il une version porno de ce truc destinée au marché parallèle ? Ce générique m'a vraiment laissé le doute. Le lettrage, les noms improbables (Birgit Bofarull, Ezra Godden, Richard Stanley, Macarena Gomes...). Plus que ces détails, c'est surtout le jeu des acteurs qui laisse craindre le pire.

Le film commence par un naufrage (sic), deux paires d'amis font une ballade en mer, le long des cotes espagnoles. Après un mauvais rêve Paul, se réveille en sursaut auprès de Barbara sa compagne, dont les attitudes laissent deviner une carrière fugace mais productive dans les productions Marc Dorcel. Le temps se gâte, et le bateau éperonne des rochers. Le couple part chercher des secours et rencontre d'étranges locaux. Mi espagnols mi tapas de la mer. Un prêtre palmé et un hôtelier à branchies achèvent de transformer ce weekend movida en adaptation des snorky par Fernando Arrabal. Et c'est le seul truc qui marche à peu près. Cette ambiance glauque et poisseuse qui rend l'Espagne méconnaissable. Et c'est également très bien traduit par le jeu Resident Evil 4 (qui se passait également dans cette Espagne évoquant plus volontiers la sordide Transylvanie, que la patrie ensoleillée de Sergio Ramos). Et pour rapprocher cette ambiance d'un autre jeu vidéo, on citera (oui je suis schizophrène) également le DLC de Fallout 4 (Far arbor), certainement pas une coïncidence non plus. Fin de parenthèse vidéoludique peu intéressante, j'en ai conscience mais ça me fait du bien d'en parler.

Le problème c'est qu'on ne fait pas un bon film avec une ambiance. Et le pourtant chevronné Stuart Gordon (Re-animator, From beyond...) doit se lancer dans une mise en scène laborieuse. Et ses idées sont plus risibles qu'autre chose. D'ailleurs, était de l'humour que cette scène où Paul se barricade dans sa chambre d'hôtel ? Pour éviter d'être attaqué par la meute d'hommes-rascasses, il doit refixer en catastrophe le verrou branlant de sa chambre à l'aide d'un tournevis ?! (scène qui évoquera aux plus cinéphiles d'entre vous Red is Dead, les Nuls ont probablement fait un hommage). Gordon n'est pas aidé par son acteur principal, l'absolument cataclysmique et grimacier Ezra Godden, dans le surjeu perpétuel, et cherchant à singer Bruce Campbell dans le délire rigologore. Je sais bien que Sam Raimi est considéré comme Dieu le père chez beaucoup, mais faire preuve d'un peu de personnalité c'est bien aussi parfois. (Parenthèse H.S Sam Raimi : En ce moment c'est un mix entre Didier Bourdon et Titoff).

Notre "héros" titube donc dans cette poissonnerie géante à ciel ouvert et découvre via le témoignage du dernier survivant (Stuart himself !) qu'un "culte occulte", a conduit au sacrifice des habitants. Mieux, ces hommes-sardines s'amusent à scalper le visage des gens. Je vous passe les détails, mais ça se termine mal. Y a du sacrifice, de l'immolation, de de l'inceste maritime. Il manque juste "Ohé capitaine abandonné" de Gold pour que le tableau soit d'une noirceur totale.

C'est dommage car, il y avait quelque chose à faire du matériel de base. Et en dépit de toutes ces réserves, c'est grâce à ce film que Konami a pondu l'un des plus grands jeux vidéos de l'Histoire. Il y aurait un truc à creuser là dessus. Les œuvres médiocres qui ont influencé des chefs d'oeuvre.

Est-ce que "Touchez pas la femme blanche !" de Marco Ferreri à influence Red Redemption ? Allez savoir...

Negreanu
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le 6 juin 2026

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