Ce dernier film d'Alain Gomis pourrait apparaitre un peu trop dense et lointain avec ses trois heures, à l'image d'une fresque familiale. Mais l'intelligence du montage rompt avec le risque d'une narration linéaire trop classique et offre une densité inouïe. On voit de plus en plus deux moments s'associer :
Une cérémonie d'enterrement en Guinée-Bissau centrée sur un duo mère-fille venues pour rendre hommage à un père/grand-père devenu -littéralement- figure tutélaire et le mariage, un an après comprendra-t-on progressivement, de la fille. L'intelligence de ce duo mère-fille permet de montrer tout l'enjeu de la transmission d'une identité multigénérationnelle qui ne passe pas totalement, qu'il faut appréhender, qu'il faut se réapproprier et dont il faut aussi confronter un inconfort que donne la distance inexorable entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis. Loin d'être un artifice, le montage articule et permet à ces deux moments de s'associer (son et image), de comprendre un peu mieux le présent de ces individus face à une histoire coloniale qui n'est pas passée, qui n'en finira pas de hanter et de se reconstruire.
L'autre idée brillante, c'est d'avouer immédiatement le rapport fictionnel de tout cela par le casting de la mère, de la fille, de la tante et de différents personnages et qui peu à peu s'oublieront dans ce flot d'images pour éviter toute forme d'exotisation. Ces actrices, qui les incarne ? Qui se construit son costume ? A partir de quoi ? Les amateurs, les vrais-faux amateurs, les professionnels, c'est une fiction qui se dote d'éléments documentaires pour évoquer le passé.
Enfin, on notera l'éblouissante Katy Correa qui fait la mère et qui rayonne totalement sur le film.