Quel plaisir de pouvoir retourner au cinéma, et pour cette reprise le plaisir est double en allant voir le nouveau film du cinéaste américain Todd Haynes, dont nous avions adoré "Carol" avec Cate Blanchett et "Loin du paradis" avec Julianne Moore, tous deux d'une beauté esthétique et d'une puissance émotionnelle rares. Pourfendant le conservatisme américain depuis le début de sa carrière, Todd Haynes s'aventure pour la première fois dans la retranscription de faits réels en filmant le combat perdu d'avance de David contre Goliath, un avocat qui se bat contre un géant de l'industrie chimique afin de prouver que cette entreprise est responsable d'une pollution de l'eau en Virginie-occidentale provoquant des cancers et autres maladies mortelles. On est loin ici du film triomphant avec un héros parvenant à ses fins dans sa lutte contre l'injustice. Remarquablement interprété par Mark Ruffalo, par ailleurs initiateur du projet et pleinement investi dans la protection de l'environnement, l'avocat, à travers l'enquête qu'il mène durant des années, ne peut que constater les ravages du capitalisme sur la santé et l'environnement, et espérer pour ses clients victimes de cet industriel sans état d'âme que des sommes dérisoires au regard des profits gigantesques que l'entreprise engrange. Au-delà du constat d'une planète souillée par des pollueurs qui restent trop peu condamnés, ce film glaçant, à l'image de l'atmosphère crépusculaire qui y règne de bout en bout, nous prend à la gorge, nous donne la nausée, nous révolte mais au final provoque un sentiment d'impuissance, et cela Todd Haynes le retranscrit parfaitement. Avant qu'il ne soit définitivement trop tard, ce film nous oblige à réagir à tous les niveaux de la société, du simple citoyen au sommet de l’État pour boycotter systématiquement ces entreprises criminelles.

monsay
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le 31 oct. 2020

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monsay

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