David Golder est un affairiste implacable. Et sans doute est-ce pour cette raison qu'il a fait fortune. Golder est juif et, en 1931, associer cette origine aux magouilles et scandales financiers de la Troisième République, c'est un poncif ou un antisémitisme courant. Le film de Duvivier est d'autant moins suspect d'être dans le second cas qu'il est adapté d'une autrice juive.
Si le début du film annonce une satire de l'affairisme, c'est vers le mélodrame familial que penche le sujet. Parce que Golder, quand il quitte Paris pour sa villa de Biarritz, c'est pour y retrouver une épouse et une fille indignes, cupides et jouisseuses occupées à faire la noce. C'est donc pour ça qu'il a tant -avidement- travaillé ?
Si le film invoque la réussite d'un d'émigré juif parti de rien, il est aussi le portrait d'un homme qui perd pied et tout sens à sa vie, après une révélation. L'argent ne fait pas le bonheur, pourrait-on dire, comme un châtiment, peut-être mérité pour Golder, mais surtout il ne donne plus de valeur à la vie de cet homme soudainement brisé.
C'est le premier film parlant de Duvivier et on ressent des problèmes de rythme dans les dialogues de certaines séquences. Mais le réalisateur nous gratifie de jolis plans et de séquences fortes, comme celle au cœur du film, singulière par sa violence, sous la forme d'une "explication de texte" entre Golder et sa femme. Toujours sous la menace de tomber dans le pathétique, Duvivier et son interprète Harry Baur parviennent le plus souvent à transformer la dimension mélodramatique du sujet en émotion vraie.