Le film est recensé sur Wikipedia sous le titre « Instinct de survie », et finalement ce titre correspond bien à ce que le film raconte.
Instinct de survie, donc, est une des premières réalisations de Roger Corman (qui aurait eu 100 ans en ce mois d’avril), à une époque où le futur réalisateur de The Intruder et du Masque de la Mort rouge alternait entre western et fantastique; constamment dans le domaine des séries B.
De part son sujet, son traitement, la sobriété de son esthétique, Instinct de survie fait beaucoup penser à un épisode de La Quatrième dimension, série qui ne verra le jour que 4 ans plus tard. Corman, en quelques images et avec grâce à une musique tonitruante, nous plonge d’emblée dans un monde post-apocalyptique. Instinct de survie appartient à ces innombrables films des années 50 qui exploitent la terreur liée à la guerre nucléaire et à ses conséquences. Donc, les bombes ont explosé un peu partout et l’humanité est réduite à sa portion congrue.
Quelque part en plein désert, une pincée de survivants (7, plus un âne) se retrouve dans une maison protégée des radiations et contenant des réserves de nourritures (pour trois). Bien entendu, la tension va montrer, sur fond de peur du nucléaire, mais aussi de tension sexuelle.
Les événements sont souvent amenés de façon bien maladroite et le scénario n’est pas dépourvu d’incohérences. On nous annonce que l’extérieur est empoisonné mais les personnages sortent comme ils le veulent. Cependant, Corman parvient à créer une tension palpable.
L’aspect le plus intéressant du film concerne un des personnages, qui a été irradié et qui semble, progressivement, se transformer en… autre chose.
Cela aurait sans aucun doute suffit, mais Corman rajoute encore des dangers qui rôdent dans les alentours, et là ça fait un peu trop (d’autant plus que ces monstres souffrent des tares des séries B de l’époque et de leurs costumes parfois un peu ridicules ; d’ailleurs, Corman est sans doute parfaitement conscient de cela, puisque ces monstres restent constamment hors champ, le cinéaste ne montrant qu’une patte griffue ou une ombre, du moins jusqu’à l’inévitable final).
D’ailleurs, en règle générale, Corman, dans ce film, maitrise bien le hors champ.La menace est toujours invisible, lointaine, hors de vue.
Corman se révèle ici un bon raconteur d’histoires, capable de tenir notre attention malgré les défauts évidents du projet. Si on est lin d’un chef d’oeuvre, instinct de survie est un petit film sympathique.
(A noter que, parmi les acteurs du film, on retrouve le tout jeune Mike Connors, 12 ans avant Mannix, Connors que l’on avait déjà vu dans le très beau Aventure dans le Grand Nord, de Wellman, que l’on retrouvera dans plusieurs réalisations de Corman et dont j’ai appris, tout récemment, qu’il était le cousin de Charles Aznavour)