J’ai trouvé Dead leaves marrant dès le départ, on découvre nos deux héros nus comme des vers, se réveillant sans aucune mémoire de leur passé ou de leur identité. Comme la fille a l’air d’un panda avec son œil au beurre noir (qui est en fait rouge), on la nomme Pandy. Comme le mec a une tête en forme de vieille télévision, on le nomme Retro. Pourquoi il est comme ça ? Il n’y a pas de raison. A un moment, il jette un coup d’œil dans les ténèbres et arrive à voir grâce à sa face éclairée ; je ne dis pas pour autant que le type a une tête de TV juste pour ça, ça ne dure que quelques secondes, et pour moi c’est juste une idée sympa exploitant une caractéristique du personnage et qui s’ajoute au tas de délires à gogo qui constitue ce film.
En voyant Dead leaves, j’ai pensé "Tank girl". J’ai pensé "Scott Pilgrim". Le premier pour la similitude de certains designs, pour le bordel graphique, pour la folie, la démesure, la bizarrerie et semi-vulgarité rigolote. Le second pour la frénésie et le délire visuel.
La façon d’animer, la composition, le découpage de Dead leaves : c’est complètement taré.
Les personnages sont allumés et se livrent à de la violence cartoonesque ; c’est fou, c’est dynamique, ça bouge de partout et dans tous les sens, on ne voit pas et ne comprend pas tout, mais l’énergie et le fun qui se dégagent de chaque plan fait que j’étais amusé quoi qu’il arrive.
« It feels so good to be violent », dit Retro juste après avoir canardé pleins de voitures de flics.
Dans Dead leaves, on voit un gros balaise faire sortir le crâne d’un mutant en lui punchant la tête. On voit des prisonniers nourris par des tubes, et déféquer par des tubes qui aspirent la merde depuis leur cul. « You shat too much, (…) I sentence you to death ». Ca se passe comme ça.
Il y a un mec avec une bite-perçeuse. Des gens qui baisent par un trou dans leur camisole, au niveau du cul. Un type avec littéralement une tête de bite qui transpire un truc blanc, en faisant un bruit genre "protch". Un bébé qui flingue un méchant depuis le ventre de sa mère.
Et le scénario, dans tout ça ? … c’est quoi, un scénario ? Non j’exagère, mais au début j’ai cru que le film serait un enchaînement de conneries sans trame, puis j’ai cru qu’il y avait une histoire, mais au final j’ai l’impression que c’est juste un truc à la con qui n’a aucune importance. En fait, je suis pratiquement sûr que c’est le cas. L’histoire des larves et des fourmis… non c’est juste un gros n’importe quoi.
Ce que je me demande, c’est comment les créateurs de Dead leaves ont fait pour trouver un financement, pour trouver des producteurs, comment ils ont présenté leur projet… tant ça me paraît être un foutoir sans queue ni tête. En tant que tel, le film fonctionne quand même super bien, mais je ne sais pas comment au préalable on peut présenter un tel OVNI à quelqu’un, je ne sais même pas comment le réalisateur a pu avoir les idées claires sur ce qu’il voulait faire tant le résultat final est chaotique. Mais un bon chaos.
Dead leaves, ça fonctionne surtout comme une expérience. Je ne sais trop ce que je vais en retenir, car les images arrivent à 200 à l’heure vers le spectateur pour s’écraser sur sa rétine sans avoir le temps non plus de laisser une trace durable. Sur le moment, on est drôlement secoué, mais je me demande si demain je n’aurai pas déjà oublié la moitié de ce qu’il se passe dans ce film.