Le récit passe au second plan. Le film préfère s’attarder sur ce qui travaille son personnage de l’intérieur, des tensions sourdes, jamais vraiment formulées, mais toujours présentes. Cela progresse peu, s’enfonce plutôt, donnant l’impression d’une dérive lente.
Le film est âpre, hostile. Suffoquant. L’abstraction du son, jointe à la densité des images, créée une spirale anxiogène.
Le son grince, sature, monte en pression. Les insectes envahissent l’espace sonore jusqu’à devenir une musique à part entière, insistante et agressive.
La lumière, entre clairs-obscurs, noirs bouchés et lueurs nacrées, transforme la maison délabrée, perdue dans une jungle dense et labyrinthique, en un espace quasi hanté. Tout y est refermé, chargé, suffocant et moite.
Les personnages sont traversés par une histoire qui les dépasse, marquée par des rapports de domination qui ne disent pas leur nom, un passé néocolonial persistant qui continue de contaminer les corps, les lieux et la perception de plus en plus brouillée de la protagoniste.
Le film étire le temps, fait de l’espace une charge de l’Histoire, le son agresse, jusqu’à la fatigue et l’agacement.