Il y a des visionnages qui vous mettent en colère, et puis il y a ce film. Pour moi, ce n'est même plus du cinéma, c'est un véritable crime contre le concept même d'adaptation. C'est exactement ce qui arrive quand une plateforme décide de broyer un thriller psychologique brillant et moralement complexe pour le niveler par le bas. Je me suis retrouvé devant un drame pour adolescents hystérique, noyé sous un gore gratuit, des cris insupportables et, surtout, un vide intellectuel abyssal.
Le massacre commence avec le personnage principal. En découvrant ce "Light Turner", j'ai cru halluciner. Au lieu du sociopathe froid, méthodique et brillant que je connais, rongé par son complexe de Dieu, je me suis retrouvé face à un lycéen pleurnichard et émotionnellement instable. À l'écran, il m'a donné l'impression d'être un adolescent capricieux à deux doigts de s'effondrer en larmes sur les réseaux sociaux. Son génie stratégique ? Totalement évaporé. Son fascinant conflit intérieur ? Jeté aux oubliettes. Il ne dégage absolument aucun charisme, et cela détruit d'emblée toute tension dramatique.
Pour bien comprendre l'ampleur du désastre, il faut s'attarder un instant sur les relations qu'il entretient dans le lore de cette version, et comment elles piétinent l'œuvre originale. Sa confrontation intellectuelle avec L, censée être l'un des jeux du chat et de la souris les plus iconiques de l'histoire de l'animation, est ici réduite à néant. Le détective de génie, autrefois défini par son flegme et ses calculs millimétrés, se transforme sous mes yeux dépités en un jeune homme faussement tourmenté qui finit par courir partout avec une arme à feu en prenant des décisions totalement irréfléchies. Quant à Ryuk, le dieu de la mort, la déception est tout aussi amère. Malgré le doublage pourtant excellent de Willem Dafoe et un design visuel plutôt correct, son lien toxique et manipulateur avec Light est complètement mis de côté. Au lieu d'être la force motrice et cynique du récit, il est rabaissé au rang de simple accessoire horrifique de pacotille.
L'intrigue ne relève malheureusement pas le niveau. J'ai subi un récit précipité, atrocement absurde et bourré jusqu'à la gueule de clichés et d'incohérences logiques. Le rythme m'a semblé complètement erratique, oscillant sans cesse entre une romance superficielle et des fulgurances horrifiques sans queue ni tête. Et que dire de cette fin ? Elle cherche si désespérément à se donner un air intelligent qu'elle a fini par insulter purement et simplement mon intellect. J'ai vraiment eu l'impression que les scénaristes s'étaient contentés de lire le résumé Wikipédia de l'œuvre en se disant qu'ils pouvaient condenser une mythologie aussi dense en une heure et demie d'amourette lycéenne.
À mes yeux, ce long-métrage ne mérite même pas le titre d'adaptation, ni même celui de réinterprétation. C'est la preuve d'une incompréhension totale et effarante de ce qui fait la grandeur du matériau d'origine. Ce film prend ouvertement son public pour des idiots et transforme une œuvre de suspense magistrale en une vaste blague affligeante. Si vous n'avez jamais vu l'anime d'origine, foncez le regarder pour découvrir la vraie histoire. Mais par pitié, fuyez ce désastre à tout prix, à moins que vous ne cherchiez une nouvelle raison de hurler votre désespoir dans le vide.