Park Chan-wook est un cinéaste dont j'avais tendance à me méfier. J'avoue qu'Old Boy (sans le détester parce qu'il est malgré tout un thriller aussi captivant que cruel avec des moments qui déchirent grave !), Stoker et Lady Vengeance (que je n'ai pas du tout aimés, désolé !), par leur avalanche de gore (enfin pour les opus sud-coréens cités !), par des effets clipesques à deux balles, par un alignement de séquences qui se veulent un peu trop choquantes pour ne pas paraître gratuites (partiellement pour le premier, complètement pour les deux derniers, pour essayer de dissimuler un scénario creux !), ne m'ont pas poussé à crier un amour ardent pour ce réalisateur.
Et puis, il y a eu Mademoiselle, thriller érotique, non dénué d'humour, s'assumant d'une façon jouissive comme un film aux retournements de situations aussi nombreux que les retournements de veste d'un politicien au cours de sa carrière. Et puis, il y a eu la mini-série The Little Drummer Girl, qui confronte, non sans maestria, la complexité des sentiments à celle de la géopolitique sur fond d'intrigue d'espionnage. J'ai eu l'impression de voir un monsieur en train de gagner en maturité. Et bordel que c'est bon. Et puis, il y a eu Decision to Leave (oh quel beau titre francophone !)... mais je kiffe ce metteur en scène...
Alors, par où commencer ? Ben, sous l'influence de Vertigo (je vais essayer d'en balancer le moins possible sur l'intrigue !), Park Chan-wook donne un thriller qui se fait un malin plaisir de perturber le spectateur ou la spectatrice sans cesse. Par l'apparition et l'ordonnancement de certaines scènes, on est poussés à se demander souvent "mais qu'est-ce qui se passe, bordel ?". Le fait de perdre celui ou celle qui est en train de visionner le film n'est pas dû à une négligence d'ensemble, mais parce que le réalisateur veut que l'on soit confus(e) à tel ou tel moment. La preuve, c'est que l'on parvient à comprendre après coup. Tout ceci est dans le but de mieux plonger dans une atmosphère trouble, embuée, dans laquelle l'ambiguïté règne en maîtresse.
Au début, j'ai cru naïvement à une enquête policière avec un banal whodunit incluant une romance perverse avec un manipulé et une manipulatrice. Bah non... certes, de la manipulation, il y en a, de la perversité, il y en a, mais, la vache, sans crier gare, il y a une histoire d'amour bouleversante qui vous fracasse à tel point qu'on en ressort assommé. Le plus important n'est pas finalement si un personnage a réellement commis tel acte ou non (et comment !), mais de voir deux êtres se laisser consumer par leur passion, chacun à leur manière.
La réalisation est belle, visuellement inspirée (on est loin de banals champs-contrechamps !), fourmillante d'originalité pour mettre en exergue le rapprochement entre les deux protagonistes (je défie quiconque d'utiliser des bruits de clignotants de voitures aussi habilement qu'ici !). Il y a très peu de gore ou d'érotisme. Park Chan-wook a compris qu'il n'avait pas forcément besoin de tous ces oripeaux pour marquer, pour dégager de la force, pour bien triturer l'esprit. L'humain peut largement suffire dans cette entreprise.
Qu'ajouter de plus ? Ah oui, quand même, le duo Park Hae-il et Tang Wei (elle m'avait déjà bluffé de ouf dans Lust, Caution ; là, elle récidive !) est absolument magistral. Même si la mise en scène et le scénario sont brillants, sans ses deux comédiens, Decision to Leave n'aurait pas été la réussite qu'elle est.