Deep Water
4.5
Deep Water

Film de Renny Harlin (2026)

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À cause de la bêtise inqualifiable d'un passager que seuls quatres scénaristes hollywoodiens peuvent imaginer après une pause repas sans doute bien arrosée, un vol Los Angeles-Shanghai est contraint d'effectuer un amerrissage d'urgence en plein milieu du Pacifique.

Malgré l'héroïsme de ses deux pilotes, le crash sur un récif de corail réduit l'appareil en lambeaux avec de nombreuses pertes du côté de ses occupants. Et les survivants, eux, n'ont même pas le temps de savourer le miracle d'avoir échappé à une mort certaine quand ils réalisent avoir échoué sur le territoire d'un gang de requins particulièrement nerveux et affamés...


Alors qu'on l'avait peut-être imaginé un peu trop vite entamer un long séjour en EHPAD après la récente trilogie "Les Intrus", sérieux challenger au projet le plus vain et inepte de ces dernières années, ce vieux briscard de Renny Harlin revient déjà sur les écrans pour tâter de l'aileron de requin et ainsi raviver le souvenir de son si sympathique "Deep Blue Sea", titre resté dans les séries B du genre les plus souvent recommandées de ces dernières décennies.


Bon, évidemment, avec "Deep Water", ne vous attendez pas à voir un film de requins véritablement marquant ou faire preuve d'un esprit aussi vif que son principal fait d'armes en la catégorie mais, comme son réalisateur semble lui-même être resté coincé à jamais à la fin des années 90, son nouveau film paraît lui aussi en provenir, pourvu d'un tel premier degré anachronique qu'il en devient un divertissement au charme rétro plutôt plaisant.


Comme si en effet les années 2000 n'étaient jamais arrivées, "Deep Water" nous balance dans la plus archétypale des expositions de film catastrophe de l'époque où l'on se retrouve balancé de protagoniste en protagoniste qui tiennent tous de clichés ambulants. Le pilote qui fuit dans les airs pour échapper à la douleur de sa réalité, le passager absolument exécrable, le nerd timide, le sportif boule de nerfs sur pattes, la mamie attachante, l'amoureux transi qui n'ose avouer ses sentiments, Ben Kingsley choisi pour faire du Ben Kingsley, la petite fille si futée qu'elle ne peut exister que dans ce genre de film... Ils sont tous là, réunis dans ce vol, prêts à faire ce que tout ce que l'on attend de leurs stéréotypes mais, petit miracle, sans nos ricanements cyniques car, si la formule est dépassée (même parfois ringarde, l'opposition geek/sportif par exemple), Renny Harlin a suffisamment de bouteille afin de la délivrer avec une efficacité rarement prise en défaut, passant d'un point de vue à l'autre avec une dextérité pensée pour éviter toute once d'ennui dans ce qui n'aurait pu être qu'un agglomérat de caricatures comme un autre.


Et lorsque les choses sérieuses commencent, la gestion de l'orchestration de tous ces personnages dans l'adversité prend toute son ampleur, que ce soit dans le plus pur aspect de film catastrophe avec une séquence de crash parvenant à faire son petit effet tout en rabattant les cartes des rapports entre rescapés et, bien sûr, de leur survie au milieu de mâchoires acérées.

Généreux en péripéties et même capable de légers élans gores, "Deep Water" va trouver dès lors un solide équilibre entre les dangers de la condition précaire de ses héros, leurs moments tire-larmes obligatoires, les sacrifices héroïques et les jolis coups d'éclats de ses squales vraisemblablement sous anabolisants. Certains choix esthétiques ont beau ne pas être clairement du meilleur goût, peu importe dans le fond, le film cherche à n'être qu'un honnête divertissement estival à suspense en forme d'anomalie temporelle à tout ce qui se peut se faire en la matière et, sans renier une envie d'offrir du spectaculaire dans la limite de ses ambitions, le résultat est cent fois plus réjouissant que des Stathameries "En Eaux Troubles" ou de récentes productions Netflix sans panache notamment.


Bref, la mécanique pleine de rouille et de toiles d'araignées a beau être connue, l'horloger Harlin qui en connaît chacun des rouages les enclenche avec la sincère conviction qu'ils sont inusables. Et, en bon artisan qu'il est, il faut bien avouer que "Deep Water" et ses requins sous l'avion parviennent à lui donner un relatif crédit sur ce point.

RedArrow
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