Denis Iliadis avait su attirer mon attention en 2009 avec son remake de La dernière maison sur la gauche, qui, même s’il était loin d’être parfait, faute à une dernière partie annihilant tout ce qui était mis précédemment en place avec un dernier plan tellement foiré qu’on le croirait issu d’un autre film, réservait quelques beaux plans et des personnages parfois touchants. Donc quand je suis tombé sur ce film sur la plateforme au N rouge j’ai eu envie de voir s’il en avait encore à revendre. Et là ce fut le drame dès les premières secondes : Blumhouse production. Ma vie a basculé. Et si j’ai dans un premier temps réprimandé mon chat, lui reprochant mon choix dramatique, j’ai tout de même décidé qu’après tout un livre ne se jugeait pas à sa couverture. Mouais...
Mais du coup, ça raconte quoi me demanderez vous. Je vous aurai bien répondu pas grand chose. C’est simple : c’est l’histoire d’un mec, joué par Topher Grace, qui après 20 ans passés en asile psychiatrique hérite du manoir familial dans lequel il va devoir passer ses 30 jours de probation, et forcément il va très vite le croire hanté... à moins qu’il ne perde la tête... original, non ? Ah ouais non pas du tout. Et si le plus banal des pitchs peut être transcendé par un développement original, là on parle d’une production de Jason Blum, ce chantre de l’audace (ne riez pas...) qui nous a offert pour notre plus grand bonheur (ne riez toujours pas...) la saga des Paranormal Activity (6 films pour comprendre que quand tu accélères le défilement du temps dans un found footage forcément ton jumpscare à base de portes qui claquent ne marchera pas, pour bifurquer ni vu ni connu vers la folk horreur pour les nuls), la saga des Insidious (un premier sympa pour virer dès le second dans la comédie involontaire), les M3gan (du Chucky pour ceux qui n’aiment pas Chucky) ou encore les grandioses l’IA du mal (des acteurs dégoutés de s’apercevoir que le scénariste a bugué après la page de garde) et Night Swim (une histoire de piscine hantée, besoin d’en savoir plus ?)... bon ok c’est bon vous pouvez rire maintenant. Donc au mieux un high concept mal exploité au pire un high concept complètement moisi et mal (pas ?) développé. Et le mec est tellement sympa qu’il m’a donné ce que j’attendais.
L’histoire ressemble au bas mot à 20 autres films et n’aura quasiment aucun enjeu mais pour être bien sûr que tout se passe bien, Jason et Denis vont tout de même gentiment vous prendre par la mimine et vous les rappeler toutes les 5 minutes. Il y a aussi l’utilisation de K7 d’archives, du jamais vu pour une production Blumhouse, si ce n’est dans les Sinister (ce truc hyper trop flippant avec un chanteur de métal qui sort de vidéos craspecs pour convaincre des gamins de devenir réalisateurs de snuffs), qui non content d’être comme le H de Hawai (Jason ton film me fait citer Brice de Nice et ça c’est digne de la pire partie d’Action ou vérité) est aussi très moche, les défauts de l’image VHS étant recréés de bien vilaine manière à l’aide d’effets numériques... une idée aussi bonne que son remake/suite/je ne sais quoi et je ne veux pas savoir de l’Exorciste. Au moins ces séquences nous offriront une sorte de créature/torture/ je ne sais quoi et je ne veux pas savoir digne de Hellraiser Judgment (je sais Jason, tu n’y es pour rien ce coup là).
Bon honnêtement j’exagère il y a des points positifs. Déjà il y a Calan Mulvey et ça me rappelle ma jeunesse quand il était dans Hartley coeur à vif, et moi j’aime me sentir jeune... je suis pas sympa avec mes sarcasmes. Le décalage créé par les 20 ans d’enfermement de Topher Grace est appréciable, c’est lourdingue mais sympa, car si les affiches de groupes et les musiques s’enchainent histoire de bien nous faire comprendre l’époque de laquelle il sort (le tout souligné avec la finesse du Michael Myers d’Halloween Kills) le côté enfantin de ses envies fonctionne plutôt bien (il veut ce que n’importe quel gamin voudrait, manger des sucreries et se baigner). Il y a bien l’idée du couloir aux judas, mais c’est comme la quasi totalité des idées du film, la résolution de l’histoire les rend presque toutes aussi cohérentes que les explications de Black Christmas version 2019. Les acteurs et la réalisation ne sont pas les pires du monde non plus, ils semblent juste dénués de substance. Mais c’est surtout l’ensemble qui est gênant. Comme j’ai résumé avec un humour aussi lourdingue que l’écriture d’Adam Alleca (le remake de La dernière maison sur la gauche... toi pas de carte de noël), tout est répété et rerépété comme si tout le monde savait que les spectateurs allaient faire autre chose en même temps... Si même eux n’y croient pas, comment le pourrions nous ?
En conclusion, j’ai fait beaucoup trop d’humour pour une oeuvre qui n’en méritait pas tant, tentant de transformer cette chronique en kamoulox des chefs d’oeuvre du même studio, mais de base je voulais juste regarder un petit film de fantômes, pas une création sans âme produite par un cynique pariant sur le temps de cerveau disponible de son public. Et si je m’étais juste poliment ennuyé durant sa vision, 24h après l’avoir vu, l’impression persistante d’avoir une nouvelle fois été pris pour un con a pris le dessus. Pas cool Jason.
P.S. : oui il a quand même produit des choses intéressantes comme Get Out, Us, Upgrade, BlacKkKlansman, mais la cannon avait bien produit un Barbet Schroder et un Godard....