"Delivery Man" (Ken Scott, 2013) avait de quoi piquer la curiosité : un homme découvre qu’il est le géniteur de 533 enfants à cause d’un passé de donneur de sperme un peu trop productif. Un point de départ loufoque, certes, mais prometteur — assez pour envisager une comédie intelligente sur la parentalité, la responsabilité et l’identité. Malheureusement, ce qui aurait pu être une réflexion originale se transforme rapidement en un enchaînement de facilités scénaristiques et de bons sentiments préfabriqués.
Le film rate sa cible dès les premières minutes. Le ton est confus, tiraillé entre la comédie légère et le drame familial sans jamais assumer l’un ou l’autre. Résultat : l’humour tombe à plat, et les tentatives d’émotion sonnent creux. On sent bien que Ken Scott cherche à répliquer la recette de son propre film québécois Starbuck, dont Delivery Man est le remake américain, mais cette version édulcorée n’a ni le charme, ni la sincérité de l’originale.
Vince Vaughn fait ce qu’il peut, mais son jeu tourne en rond, enfermé dans le même archétype de loser attendrissant qu’il traîne depuis des années. Là où le rôle appelait de la vulnérabilité, de la gravité, voire un vrai malaise existentiel, le film se contente de l’enchaîner dans un comique de situation désuet, voire fatigué.
Le véritable gâchis, c’est le traitement bâclé des 533 enfants. Plutôt que d’offrir des portraits variés, inattendus, ou même touchants, le film choisit la voie de la facilité : quelques stéréotypes à peine esquissés, une poignée de scènes anecdotiques, et une morale sucrée collée à la truelle. On attendait de l’audace, on récolte du tiède.
Même sur le plan technique, le film est d’une platitude déroutante. Mise en scène sans relief, rythme bancal, dialogues convenus : "Delivery Man" semble fonctionner en pilotage automatique. Il ne prend aucun risque, ne creuse aucune idée, et finit par ressembler à une énième comédie hollywoodienne sans saveur, là où il aurait pu faire date.
Bref, "Delivery Man" est l’exemple parfait d’un film qui croit que son idée suffit à tout faire. Or, un bon concept mal exploité ne fait pas un bon film. Et ici, malgré quelques moments de tendresse sincère, tout est trop dilué, trop attendu, trop calibré pour marquer les esprits.