Éventuel manifeste cinématographique de son auteur ( d'ores et déjà responsable du fascinant happening Neurasia sorti deux ans plus tôt ) Der Bomberpilot constitue un authentique paradigme d'iconoclastie historique et culturelle. Tourné au tout début des années 1970 en à peine quinze jours ce court long métrage propose une sorte d'exposition scénique piochant tout aussi bien dans la farce grotesque que dans l'expressionisme et le romantisme allemands, montrant un trio de femmes tout droit sorties d'une opérette nazie criarde et d'un mauvais goût entièrement assumé par Werner Schroeter. Ce seront donc - à l'écran comme à la ville - Magdalena, Carla et Mascha qui interprèteront ce girl band vitriolé en forme de geste artistique redoutablement agressif et excentrique, geste prouvant dès lors la complète indépendance du cinéaste.


Novateur et mal taillé, aussi bien distancié que parfois étonnamment lyrique Der Bomberpilot reprend toute la matière de l'effet-V théorisé par Bertold Brecht ; ainsi Schroeter désynchronise à sa guise l'image et la bande sonore, sature cette dernière à renfort de vocalises délibérément suraigües et de grande musique du répertoire wagnérien réutilisée à dessein de démythifier les anciens modèles d'un IIIème Reich encore frais dans les mémoires allemandes et européennes. A l'aune des trente glorieuses et d'une Allemagne coupée en deux le chef de file du Nouveau Cinéma Allemand interroge le spectateur sur son rapport à l'essor économique et culturel des États-Unis, montrant trois femmes forcément sur le retour d'une gloire passée tentant par tous les moyens de se reconvertir outre-Atlantique...


Certes le film est totalement imparfait, peu aimable et souvent fauché dans son esthétisme kitsch mais unique en son genre dans le même temps, incasable et inclassable de part et d'autre d'une théâtralité aussi tranchée que détonante. En bon provocateur et révélateur des retombées idéologiques de son pays d'origine Werner Schroeter dépeint - sur un mode grossièrement bigarré - le malaise rêche, vulgaire et consciencieusement inepte que généra le national-socialisme allemand une trentaine d'années plus tôt. Assez édifiant, en dépit d'une forme aussi composite que passablement raboteuse...

stebbins
6
Écrit par

Créée

le 20 avr. 2025

Critique lue 16 fois

stebbins

Écrit par

Critique lue 16 fois

1

Du même critique

La Prisonnière du désert

La Prisonnière du désert

4

stebbins

1267 critiques

Retour au foyer

Précédé de sa réputation de grand classique du western américain La Prisonnière du désert m'a pourtant quasiment laissé de marbre voire pas mal agacé sur la longueur. Vanté par la critique et les...

le 21 août 2016

Hold-Up

Hold-Up

1

stebbins

1267 critiques

Sicko-logique(s) : pansez unique !

Immense sentiment de paradoxe face à cet étrange objet médiatique prenant la forme d'un documentaire pullulant d'intervenants aux intentions et aux discours plus ou moins douteux et/ou fumeux... Sur...

le 14 nov. 2020

Mascarade

Mascarade

8

stebbins

1267 critiques

La baise des gens

Nice ou l'enfer du jeu de l'amour-propre et du narcissisme... Bedos troque ses bons mots tout en surface pour un cynisme inédit et totalement écoeurrant, livrant avec cette Mascarade son meilleur...

le 4 nov. 2022