… Ou "L'automne de la famille Kohayagawa" qui est la traduction littérale du titre original.
Les deux titres donnent des visions différentes du film. Le titre "français" ne s'intéresse qu'au vieux patron un peu fantasque, un peu libertin de la brasserie (de saké) tandis que le titre original colle mieux au film en soulignant la vie et le déclin de la famille regroupée autour de la brasserie.
Si, dans "Fin d'automne" Ozu avait renoué avec la grande thématique des mariages arrangés avec de sérieux accrocs dans la tradition puisque les gens finissent par faire de plus en plus à leur idée, ici on commence par parler de mariage arrangé pour contribuer à sauver l'entreprise trop petite face à la concurrence. Mais c'est un prétexte pour Ozu pour parler de la complexité de cette famille entre la partie légitime (ses trois filles et sa sœur) et la partie moins respectable (sa maitresse et sa possible quatrième fille).
C'est aussi l'occasion de révéler un Japon qui s'enfonce dans la modernité entre une publicité pour coca-cola, un panneau lumineux "New Japan", les vêtements nettement occidentalisés des jeunes filles ou les rengaines américaines entonnées joyeusement à la fin des repas. Et je ne parle pas de la "quatrième" fille qui sort avec de beaux vigoureux américains et qui n'accepte l'idée d'un père que si ça lui rapporte une écharpe en vison … Il y a bien quelque chose en train de changer au "royaume" du Japon …
Le thème de la mort m'a paru plus présent dans ce film par rapport à ce que je connais d'Ozu. Ou du moins devient de plus en plus important dans le film entre l'infarctus du vieux lors d'une réunion de famille suivi de sa mort qui aura lieu chez sa maîtresse. Mais comme dira un couple de paysans au bord d'une rivière, la mort est dans l'ordre des choses si c'est un vieux qui part au profit d'un jeune. Mais c'est aussi une occasion pour Ozu de retrouver la tradition à travers le rituel de la crémation. À moins que ce soit une manière d'exprimer une certaine nostalgie du temps qui passe …
Du côté des acteurs, on retrouve avec grand plaisir le jeu si apaisant et le sourire si bienveillant d'une Setsuko Hara dans un dernier rôle (un peu secondaire, toutefois) chez Ozu et un de ses derniers rôles au cinéma puisqu'en 1963, à la mort d'Ozu, elle disparaitra définitivement de la vie publique à 43 ans après avoir tourné dans plus de 110 films.