Dernier Recours
5.7
Dernier Recours

Film de Walter Hill (1996)

Il faut commencer par contextualiser. À l’origine de cette histoire, il y a Moisson rouge, le roman de Dashiell Hammett. Akira Kurosawa va s’en inspirer pour réaliser Yojimbo. Sergio Leone reprendra ensuite la même mécanique dans Pour une poignée de dollars. Et, dans les années 1990, Walter Hill apporte sa propre variation avec Dernier recours, porté par Bruce Willis.

Le principe reste identique : un étranger débarque dans une ville où deux bandes rivales se livrent une guerre sans merci pour le contrôle du territoire. Une mécanique qui vient du roman noir américain et que Kurosawa va transformer en matière de cinéma, avant que Leone ne la transpose dans le western.

Walter Hill, lui, choisit une autre voie. Dernier recours a évidemment un parfum de western — l’étranger solitaire, la ville isolée, les duels et les fusillades — mais c’est avant tout un film de gangsters. Hill transpose la mécanique de Hammett dans une petite ville située à la frontière mexicaine, pendant la Prohibition. Les cow-boys ont laissé leurs chapeaux au vestiaire : ici, ce sont les gangsters qui règnent sur la ville, et les flingues ont remplacé les colts.

Le résultat est un savant mélange de Kurosawa et de Leone, passé à la moulinette Walter Hill.

Le film est franchement distrayant. On retrouve la violence sèche du réalisateur, ces fusillades brutales qui semblent toujours pouvoir éclater sans prévenir. Il y a aussi le plaisir des dialogues, incisifs, qui donnent aux personnages une vraie personnalité. Et puis il y a cette formidable galerie de seconds rôles, tenue par quelques-unes des grandes gueules du cinéma hollywoodien : Christopher Walken, David Patrick Kelly, Bruce Dern et bien d’autres.

Hill a également la bonne idée de développer des personnages féminins intéressants, qui ne sont pas simplement là pour faire joli dans le décor. Et puis il y a Bruce Willis. Visiblement heureux d’être là, il s’amuse avec son personnage et cela se sent. Il apporte au film cette décontraction qui lui va si bien.

Bref, tout est réuni pour passer un bon moment.

Mais il y a un « mais ».

Dernier recours ne revient jamais véritablement à la source. Il reprend la mécanique de Moisson rouge, dialogue avec Yojimbo et Pour une poignée de dollars, mais ne cherche jamais à retrouver véritablement l’esprit du roman de Hammett. Et c’est dommage, parce qu’il y avait matière à faire quelque chose de formidable avec cet univers de gangsters, de corruption et de guerre des territoires.

J’aurais d’ailleurs adoré voir le projet de Bernardo Bertolucci avec Jack Nicholson. Là, pour le coup, l’idée d’adapter directement Moisson rouge avait de quoi faire saliver.

Reste un Walter Hill solide, violent, nerveux et parfaitement divertissant. Un film de gangsters qui emprunte les habits du western, mais qui n’oublie jamais que, derrière les colts et les grands espaces, il y a surtout une vieille histoire de truands qui veulent tous devenir les patrons de la ville.

JromeCin-radica
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Créée

le 16 août 2026

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hopkins

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