"Chrysanthèmes tardifs" ne fait partie ni des débuts ni de la fin de la filmographie de Naruse et pourtant, j'ai eu le sentiment que quelque chose clochait pendant tout le film, quelque chose de mal dégrossi, trop brut, trop dialogué, perdu entre l'excès d'implicite et l'excès d'explicite étrangement liés. Un peu comme s'il s'agissait d'un Naruse sans la révélation finale, sans cette épiphanie qu'on ne voit pas venir et qui bouleverse tout le visionnage. Et dans cette configuration malheureuse, le visionnage devient long, presque rébarbatif, comme s'il s'agissait d'un mélodrame aux traits forcés.
Le récit d'une âpreté, avant tout, celle d'une ancienne geisha Kin qui a renoncé à son métier de jeunesse avec l'âge et qui s'est reconvertie dans un tout autre secteur : le prêt sur gages. Et autant dire qu'elle ne prête pas facilement, la fourmi, que ce soit à des inconnus ou à des amies proches dans le besoin. Naruse souhaite réaliser le tableau de l'argent qui ne rend pas heureux, puisqu'ici il corrompt le cœur, il éloigne les amitiés, il fait renoncer à l'amour. Kin est bien davantage préoccupée par ses placements immobiliers que par les soucis de ses amies, et ses anciens amants ne reviennent vers elles que parce qu'ils sont attirés par sa richesse récente. À côté du sort de ses amies respectivement servante dans une auberge et femme de ménage, le contraste est fort.
Un parfum général fortement teinté d'amertume flotte sur l'ensemble, résultant de ce portrait d'une geisha dont la beauté s'est fanée en même temps que la jeunesse. On sent bien que Naruse veut nous montrer la douleur de cette usurière, moins évidente que celle de ses amies, à travers une chronique du quotidien usant, mais le discours est pesant à la longue. Un mélo bien trop asséché pour traiter des relations entre trois anciennes geishas (en lien avec les trois nouvelles adaptées ici probablement) dans l'après-guerre, tout ça pour dire que l'argent ne fait pas le bonheur (et "Les hommes sont comme des vampires qui se servent des femmes"), si on voulait essentialiser à l'extrême. Une petite leçon tout en sobriété, mais pas des plus percutantes.