Le film se situe au début de la carrière d'Henri Verneuil. Après une série de films avec Fernandel (Le mouton à cinq pattes, l'ennemi public n°1, etc ...), Verneuil entreprend un sujet beaucoup plus grave avec "Des gens sans importance".
C'est aussi le début d'une collaboration fructueuse entre Verneuil et Gabin qui finira en1969 avec "le clan des siciliens" .
C'est l'histoire d'un routier qui est toujours sur la route et donc, en pointillé chez lui avec sa famille. Et quand il rentre, c'est pour avoir la soupe à la grimace et voir sa fille ainée s'émanciper, un peu trop à son goût. Dans un des relais sur la route, il rencontre une jeune femme dont il s'éprend mais il n'est pas plus présent avec elle qu'avec sa famille. Et le drame s'amorce...
Côté interprétation, le rôle du routier dont on parle ici est tenu par un Gabin dans la force de l'âge extrêmement convaincant dans le métier de routier comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie. Son adjoint à la conduite du camion, c'est un encore jeune Pierre Mondy, dans le rôle du collègue compréhensif et solidaire.
Le patron du relais , c'est l'inénarrable Paul Frankeur, lui-même ancien routier.
Françoise Arnoul joue le rôle de la jeune bonne qui deviendra la maîtresse du personnage de Gabin.
Et puis on reconnait toute une pléiade d'acteurs de l'époque tels Dany Carel, Lila Kedrova (encore dans un rôle louche), Jacques Marin, Robert Dalban, Dalibert...
Le film est un beau témoignage de la vie difficile des routiers dans les années 50 où les réglementations sur la durée de conduite ou sur les pauses obligatoires n'existaient pas. Les camions n'étaient pas non plus aussi confortables qu'aujourd'hui. C'était encore l'époque où les camionneurs devaient avoir de larges épaules ...
C'est aussi un film plutôt courageux qui aborde le problème encore bien tabou de l'avortement, alors clandestin et pratiqué dans des arrière-cuisines sans trop de précautions avec les conséquences que l'on n'imagine que trop.
La mise en scène très sobre rajoute une note amère sur la vie déjà difficile. Par exemple, le relais au bord d'une grande route, au milieu d'une plaine battue par les vents et la pluie qui fait irrésistiblement penser à ces films américains où les motels sont toujours au milieu de nulle part.
Verneuil met aussi en scène un acteur essentiel et, bien au centre de l'intrigue dont je n'ai pas encore parlé : le camion que l'on voit de l'intérieur, de l'extérieur, dans le brouillard, sous la pluie, qui est finalement le maître du destin des personnages du film, qu'ils soient conducteurs ou non.
Le film, c'est aussi la juxtaposition de plusieurs solitudes qui se frôlent, se rencontrent, parviennent à peine à fixer l'instant éphémère sans pouvoir concrétiser un avenir.
C'est aussi une belle tranche de vie où les gens mènent leur vie tant bien que mal, sans se plaindre.
Des gens, en définitive, invisibles aux yeux de tout le monde : des gens vraiment sans importance.