Au printemps 2014, un an après la promulgation de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Monia Chokri) attendent leur premier enfant. Si l’acte de procréation a tout d’une envie commune — dans leurs regards déjà se lit le désir d’une vie à trois, d’un avenir partagé —, la réalité les rattrape vite. Quand l’une portera la grossesse, sentira dans sa chair l’évolution du corps et la promesse d’une naissance, l’autre devra passer par une série d’étapes absurdes : démarches administratives, formulaires, lettres de proches, entretiens multiples, comme s’il fallait prouver à la République que l’amour, lui aussi, peut être un lien de filiation. C’est cette bataille invisible que raconte Des preuves d’amour — non pas un combat spectaculaire, mais une lutte souterraine, intime, où la bureaucratie s’immisce dans la chair du quotidien et transforme le sentiment en dossier.
Des portes qu’on pousse aux formulaires qu’on signe, Des preuves d’amour explore la manière dont l’intime s’éprouve au contact du politique, dans la friction lente entre désir et législation. Alice Douard filme le printemps 2014 comme un moment de flottement historique : la loi Taubira a ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe mais rien n’est encore en place, ni les procédures, ni les réflexes administratifs, ni le langage pour dire ces nouvelles familles. Les institutions apprennent en marchant et ce tâtonnement devient le sujet même du film. Dans les couloirs blanchis d’un hôpital, dans un cabinet où le néon découpe les visages, dans le silence d’un bureau où s’étalent dossiers et tampons, Douard capte ce temps suspendu où l’égalité se cherche encore un mode d’emploi. Le plan s’installe toujours trop longtemps, comme pour épouser la lenteur de l’État, la pesanteur du protocole qui veut bien faire mais ne sait pas encore comment. Céline, souvent filmée debout, en attente, incarne cette position liminale : sujet d’un droit en construction, pionnière malgré elle.
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