Le marchand de sable ne fait pas fortune dans le désert, mais le banquier non plus. Lorsque Mehdi et Hamid s’engagent sur les routes désertiques du sud du Maroc pour le compte d’une agence de recouvrement de dettes, ceux-ci ne pensent pas se perdre totalement dans les étendues arides. Obligés de faire pression sur des familles pauvres et incapables de rembourser leurs crédits pour toucher eux-mêmes un salaire, les deux collègues s’enlisent peu à peu dans leurs contradictions morales et dans les étendues ensablées. Embarqué comme une comédie noire presque burlesque sur fond de misère sociale, le film de Faouzi Bensaïdi se braque soudainement à mi-chemin pour proposer un inexplicable western contemplatif et onirique. Comme le spectateur, la caméra perd alors de vue ses deux personnages pour suivre une histoire de vengeance bancale, sans tension ni paroles, guidée uniquement par le vent qui souffle dans le désert sans fin. Il est trop tard lorsque le cinéaste constate la sortie de route et tente de raccrocher sans conviction les deux morceaux du film, découpé en son cœur par un hallucinatoire simulacre de publicité de parfum. Ne reste alors que l’ennui et la contemplation infinie des tableaux ocres qui se succèdent sans bruit ni mouvement pour unir ces deux films antinomiques en une seule séance. Heureusement, il vaut mieux s’endormir au cinéma qu’au volant.