C’est en 1992, lors du festival du film de Toronto, que Robert Rodriguez rencontre Quentin Tarantino. Les deux hommes y présentent alors chacun leur premier film, El Mariachi pour l’un, Reservoir dogs pour l’autre. Tarantino confie au premier avoir adoré El Mariachi et Rodriguez lui renvoie le compliment. Les deux jeunes réalisateurs ayant les mêmes références culturelles, ils sympathisent très vite. Rodriguez confie même à Tarantino vouloir travailler sur une suite à El Mariachi. Tarantino, jamais avare en caméos plus ou moins mortels, saute illico sur l’occasion et demande à Rodriguez s’il peut lui réserver un petit rôle. Lui-même se chargera d’en écrire la fameuse blague du parieur qui pisse sur le bar.


Une anecdote tout ce qui a de plus connue et banale aujourd’hui mais qui aidera beaucoup à la promotion de Desperado à sa sortie en salles en 1995, Tarantino venant alors de remporter la Palme d’or à Cannes pour son Pulp fiction.

Sans exploser le box-office, Desperado se fait amplement remarquer par la critique et les spectateurs les plus curieux, impose Rodriguez comme un réalisateur à suivre, et lance la carrière de Salma Hayek.


Dans un patelin du nord du Mexique, les truands sont sur le qui-vive. Un mystérieux justicier, en quête de vengeance, erre dans le pays de ville en ville en faisant la peau aux trafiquants de drogue. Sa particularité, il transporterait un étui à guitare bourré d’armes à feu. Son surnom : El Mariachi.

Du moins c’est ce que se plait à raconter le touriste Buscemi au barman du patelin. Cet américain de passage se régale ainsi d’enjoliver les exploits d’un justicier sans visage, juste pour foutre la trouille aux truands qui l’écoutent. Il leur annonce même avoir entendu dire que le Mariachi se dirigeait droit vers leur ville. Son but : détruire l’empire criminel de Bucho, le baron de la pègre du coin.


Alors que, les jours suivants, les hommes de Bucho regardent chaque étranger avec méfiance, jusqu’à se montrer discourtois avec un acheteur américain un rien bavard, un mariachi fait tranquillement irruption dans le bar. Aussitôt mis en joue par une horde de tueurs, ce dernier prétend n’être qu’un guitariste cherchant du travail. Mais lorsqu’ils ouvrent son étui à guitare, les faux semblants laissent rapidement place à l’évidence. Une fusillade éclate.


Bénéficiant de moyens plus conséquents que son premier opus, Robert Rodriguez livrait avec Desperado un de ses meilleurs films. Un vigilante à la sauce mexicaine (le film étant toutefois américain), partant d’un amusant décalage entre mythe (le récit faisant du Mariachi un tueur aussi increvable qu’impitoyable) et réalité (le vrai Mariachi ne cherche pas forcément la bagarre) pour se transformer en actioner empreint de romance et de savoureux moments d’humour noir, et qui compte quelques scènes d’action mémorables, dont une des moindres reste cette superbe fusillade dans le bar, dont la stylisation et la chorégraphie cligne ouvertement de l’oeil à John Woo.


Rétrogradé à un second rôle d’allié mutique à la fin du film, Carlos Gallardo cède la place à la star Antonio Banderas dans le rôle du Mariachi lequel fait des étincelles tant dans les massacres qu’il commet (à son grand regret) que dans son duo romantique avec la belle Salma Hayek, laquelle crevait ici l’écran dans le rôle de Carolina. Face à eux, Joaquim de Almeida incarne comme à son habitude le grand méchant trafiquant, agacé par l’incompétence de ses sbires (la scène où il disserte devant ses hommes de la simplicité de tuer tout en flinguant l’un d’entre eux pour la démonstration est, dans son ironie, à mourir de rire).


On regrettera juste un final expédié, avec son petit twist cruel, et qui profite d’un simple fondu en blanc et de quelques bruits d’échanges de coups de feu pour résoudre tous les enjeux.


Le casting bénéficie de la présence de Steve Buscemi dans le rôle de... Buscemi, et de toute la bande de potes à Rodriguez (Cheech Marin en barman patibulaire, Danny Trejo en tueur lanceur de couteau et le chanteur et musicien Tito Larriva en sbire à la gâchette facile). Tout un joli monde que l’on retrouvera avec plaisir dans le film suivant de Rodriguez, écrit par Tarantino sur la base d’un premier traitement de Robert Kurtzman, From dusk till dawn.


De quoi lancer une carrière de cinéaste atypique, créant à l’époque sa propre mythologie mexicaine de patelins poussiéreux bourrés de tueurs et d’anti-héros habillés de noir. Jusqu’à la conclure dans un troisième opus, bien plus ambitieux et délirant, porté par la présence d’une autre star : Il était une fois au Mexique.

Créée

le 24 juin 2025

Critique lue 31 fois

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