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Pleure, je le veux !
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le 5 févr. 2012
J'ai lu des trucs étonnants dans les critiques qui descendent le film. On lui reproche de ne pas montrer des moments de classe. Mais le film n'est pas un documentaire sur le métier de prof, sinon il s'appellerait "Ma vie de prof" par exemple. Peut-être que le début du synopsis induit un peu en erreur... Le titre indique qu'on va surtout parler des profs, pas des élèves. Les adolescents, par définition, ne sont pas dans le détachement. Ils sont à vif, émotionnels, impulsifs. Le mal-être des profs est encore plus aigu en dehors des cours, quand ils se retrouvent seuls ou entourés par des personnes qui ne peuvent le partager. Perso, je ne m'attendais pas à voir comment se passe un cours dans un lycée américain.
On lui reproche aussi d'être nihiliste, misanthrope et dépressif, d'être totalement dépourvu d'espoir. Ces spectateurs sont-ils allés jusqu'au bout du film ? Il se termine sur le lumineux sourire de Sami Gayle qui se jette dans les bras du prof. On a connu plus noire comme fin. Le prof n'a pas réussi à aider une de ses élèves, mais peut-être a-t-il sauvé une autre gamine. Alors oui, le film est effectivement triste, mais ça ne l'empêche pas d'être beau et drôle par moments.
On reproche au réalisateur d'appuyer un peu trop sur la pédale de l'émotion. Ça ne m'a pas frappée, et en tout cas, ça ne m'a pas dérangée. Toutes les réflexions des profs, les petites scènes où ils laissent voir leur découragement, leur amertume ou leur colère, au premier degré ou avec ironie, me parlent énormément et me touchent profondément. L'humour ironique du prof sans illusion (James Caan), la fureur impuissante de la conseillère d'orientation (Lucy Liu) après un entretien avec une élève, le découragement des profs seuls à la réunion parents-profs, la prof (Christina Hendricks) qui se fait agresser par une élève et une mère, cet autre prof qui s'accroche au grillage à l'extérieur du lycée comme à une bouée de sauvetage, sa solitude quand il rentre chez lui, alors que sa femme est scotchée devant la télé, la petite expiration d'Adrien Brody, juste avant d'entrer dans sa classe le premier jour.... Tout cela est juste et m'a beaucoup touchée. C'est d'autant plus efficace que les acteurs sont sobres et crédibles.
Tony Kaye noircit-il le tableau ? Pas du tout. On a vu bien pire que des insultes et un crachat dans le visage depuis... Quant à l'absence des parents, ça ne s'est pas arrangé depuis dix ans. Le film fait allusion aux professeurs qui craquent (sans qu'on les voit), en s'absentant ou en démissionnant. Peut-être la noirceur du tableau semble-t-elle excessive en raison de la courte durée du film ? Mais ce qu'on voit dans le film est plutôt soft.
Le film parle de l'impuissance des profs, de leurs désillusions par rapport à leurs aspirations et de leur solitude. L'absence des parents est pointée du doigt, sans être expliquée. On entend les profs se remémorer des réunions parents-profs bondées et se demander pourquoi tout a changé. Si vous attendez une analyse sociologique approfondie de l'écroulement de l'école, vous serez déçus. Tony Kaye montre des profs découragés face à des ados abandonnés par des parents aux abonnés absents. Il montre des profs qui cumulent les soucis du travail avec les soucis de leur vie personnelle. Ça n'a rien d'exceptionnel me direz-vous. Sauf que s'inquiéter pour un élève maltraité ou négligé par ses parents est un souci particulièrement lourd que peu de personnes expérimentent. Comme nous le montre Kaye, l'absence de cadre parental peut mettre la vie d'un enfant en danger (voir le suicide de Meredith ou la prostitution d'Erica). Un peu lourd à porter pour un être humain qui rêvait juste d'enseigner.
Je terminerai par Adrien Brody, acteur que j'adore auquel le film doit beaucoup. Aussi juste soit-il, Detachment ne serait pas aussi émouvant sans son charisme tranquille, sa douceur, son regard mélancolique et sa voix rauque. Un peu comme Casey Affleck, Brody n'a pas besoin de parler pour faire passer les émotions. Un gros plan sur son visage vaut tous les dialogues du monde.
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