Une double découverte, à la fois de ce film mais aussi de la réalisatrice Kathryn Bigelow (J'en avais juste entendu parler à propos de son film sur la traque de Ben Laden que je n'ai jamais vu).

Le film évoque principalement les émeutes raciales de juillet 1967 à Detroit et s'attarde particulièrement sur "l'affaire du motel Algiers". Comme souvent dans ce type d'évènement, il suffit d'un incident très localisé dans un climat ou contexte général de tensions pour que la situation dérape et devienne rapidement incontrôlable. Là, c'est bien le cas et les émeutes s'accompagneront de pillages, d'incendies, de répression musclée de la part de la police entrainant une spirale de violence et des morts au point que le gouverneur dut faire appel à l'armée.

Quant à l'affaire du motel Algiers, en plein climat insurrectionnel de la ville, des policiers qui patrouillaient à proximité entendent un coup de feu et se précipitent vers l'hôtel. Là, ils se mettent à frapper et à humilier de façon raciste et insupportable les clients puisqu'à la fin on relèvera trois morts. Les policiers coupables de ces exactions seront poursuivis par la justice puis seront (scandaleusement) acquittés par un jury (intégralement blanc).

Ce qui est intéressant est de voir comment ces évènements sont rendus par Bigelow. La mise en scène est très nerveuse avec une caméra sur l'épaule, très mobile, essayant de capter un maximum d'évènements en un minimum de temps. Cela rend bien compte de ce climat de débordement insurrectionnel où un rien (le mouvement d'un store) déclenche les tirs d'armes automatiques. De la même façon dans le motel, la caméra s'efforce de capter toutes les attitudes et expressions de peur ou au contraire de sadisme des flics. Tout ceci est très efficace et très convaincant car on ne voit guère passer les 2 h20 du film.

Alors, manichéenne, madame Bigelow ? Eh bien, force est de constater qu'elle ne l'est pas tant que ça. J'en veux pour preuve deux types de personnages à la fois importants et secondaires du film. Le premier, c'est Dismukes (John Boyega) qui cumule deux emplois d'ouvrier dans une usine et de vigile privé. Afro-américain, il se considère légitime dans les deux communautés et veut adopter un ton conciliant. Bien trop conciliant car il ne saura pas s'opposer aux exactions commises dans l'hôtel se rendant de facto complice, y compris aux yeux de la justice. De même, qu'il se trouvera, heureusement, des flics blancs ou des militaires pour aider discrètement certains clients à s'évader de cet enfer.

Et puis, à la réflexion, je n'ai pas craint la façon qu'a eu Kathryn Bigelow de conduire son film en suivant ce fil rouge constitué par ce groupe de musiciens soul, "les Dramatics". Au début du film, ils sont excités comme des puces à l'idée de pouvoir se produire pour la première fois sur une grande scène. Puis les émeutes annulent leur prestation. Avant, dépités, d'échouer dans le motel. Puis les choses se calmant, leurs affaires reprennent comme si de rien n'était … Enfin pas tout-à-fait, puisqu'un des chanteurs, profondément marqué, ne veut plus chanter pour "faire danser des blancs" et poursuivra sa carrière dans une chorale d'église.


JeanG55
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films historiques et Les meilleurs films de 2017

Créée

le 29 déc. 2025

Critique lue 24 fois

JeanG55

Écrit par

Critique lue 24 fois

8
4

D'autres avis sur Detroit

Detroit

Detroit

5

Sartorious

29 critiques

Un réalisme bien artificiel

Singer le style documentaire en recourant à la caméra portée, mêler les images d’archives au récit pour insinuer l’idée d’une continuité entre les évènements mis en scène et la réalité historique,...

le 12 oct. 2017

Detroit

Detroit

7

Behind_the_Mask

1469 critiques

Chauffé à blanc ?

Le cinéma de Kathryn Bigelow, on en connait la force. Surtout depuis Démineurs et Zero Dark Thirty. La réalisatrice récidive ici, avec Detroit. Pas étonnant, me direz-vous, vu que Mark Boal a été...

le 13 nov. 2017

Detroit

Detroit

5

Shezza

4 critiques

De l'hyper-visibilité pour un manichéisme malsain

Je suis sortie de Detroit avec un goût de malaise dans la bouche, sans vraiment savoir quoi penser de ce que j'ai vu. Ce sont mes pérégrinations sur Internet post-séance, et une bonne nuit de...

le 15 oct. 2017

Du même critique

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

2391 critiques

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

le 3 nov. 2021

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

2391 critiques

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...

le 13 nov. 2021

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

2391 critiques

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

le 7 avr. 2023