Deux amours, et c'est double ration de Tino Rossi. Celui-ci joue deux frères, Sylvain le ténor gominé dont rêvent toutes les filles du village, et Désiré le boiteux moustachu auquel la belle Toinette préfère son frère.
Avec son double rôle, Tino est donc deux fois plus mauvais qu'habituellement. Il n'a aucun sens de la comédie ni aucun sens dramatique. Pépère d'un bout à l'autre. Et lorsque le bedonnant Sylvain chante ses mélodies d'un autre siècle, le public et, surtout, les jeunes filles écarquillent les yeux, admiratifs... C'est une convention des films avec Tino Rossi en séducteur.
Le scénario est de Jean-Pierre Feydeau, fils de Georges, et on peut s'attendre à une bêtise ou à une niaiserie sentimentale. C'est le ton du mélo qui domine ici. Mais le sujet est tellement pauvre que les auteurs laissent Tino Rossi pousser la chansonnette plus que de raison ou additionnent des seconds rôles sans utilité -tels le couple de bistrotiers jouée par Gabriello et Jeanne Fusier-Gir dont on aurait bien aimé s'amuser. Il ne se passe vraiment pas grand'chose dans ce film qui touche le fond quand Sylvain et Désiré se font face, c'est-à-dire quand Tino Rossi joue face à lui-même...
Rien de gracieux dans ce film au dénouement grotesque, sinon la beauté et le sourire de Simone Valère.