Boarf… pas terrible, loin s’en faut ; mais in fine pas aussi dénué d’intérêt qu’il n’en a l’air.
(Et si avec cette amorce excitante je ne t’ai pas donné envie de te ruer dessus, je ne sais pas ce qu’il te faut.)
Ce Deux fois traître démarrant par le pire, à savoir une intro pour le moins flippante, parce que particulièrement dégueu formellement, cela à un niveau rare (donc précieux ?), même pour le genre. Ses amateurs – dont je suis – ont certes tous tacitement consenti à lâcher la bride sur ce type de considérations techniques (oserais-je même dire : de coquetteries), mais le montage ici est d’un tel niveau de brouillon avec ses inserts affreux de vautours que l’on croirait rapatriés d’un docu animalier puis calés à la truelle – sans se soucier six secondes d’une quelconque homogénéité/lisibilité du résultat – qu’il confine à l’expérimental si ce n’est à la poésie pure.
Bref, une entrée en matière assez cata, limite inconvenante, même pour sa ligue (et qui aura ainsi eu le mérite de me pousser à m’interroger, à la rédaction de ces lignes, sur mes propres biais bourgeois cinéphiles et le chemin qu’il me reste encore à parcourir pour m’affranchir de toutes ces normes qui étouffent le sens critique commun) ; entrée en matière qui se poursuit sur une aventure dans un premier temps assez nulle (il faut bien le dire), portée par un Antonio Sabàto au charisme de bulot (il faut bien le dire, bis), et n’ayant fondamentalement rien à faire valoir (modulo son Klaus Kinski en méchant – qui bouffe tout le monde certes, mais ici faute de concurrence plus qu’autre chose).
Le film tient pourtant un concept assez sympa (quoique pas inédit dans ce filon du western italien, sûr d’en avoir déjà vu passer même, mais je n’arrive pas à citer spontanément un autre titre l’employant) avec son héros amnésique (et pris dans une embrouille entre les nervis respectifs d’un banquier et d’un voyou dont on se demande bien lequel des deux est le plus nocif) ; mais l’ouvrage est si mal fichu que je suis encore plus paumé devant comme spectateur que ne l’est dedans son amnésique de héros ; et plus globalement, je me fais poliment chier, puisque ce n’est ni assez bien ni assez mauvais ni assez fantaisiste ni assez que-sais-je pour être marrant. C’est nul et sage en somme, et c’est ainsi pendant toute sa première moitié.
Puis débarque sans crier gare une première scène sympa (celle avec la mère aveugle et démente), qui n’est pas aussi forte qu’elle devrait l’être mais il se passe enfin quelque chose à l’écran ; puis une seconde (l’intimidation de la famille de paysans), pareil, qui aurait pu (dû) être beaucoup plus forte, mais qui à défaut de franchement me bousculer réussit timidement à me sortir de ma torpeur. Alors peut-être… !
Et je réalise que, progressivement, je commence à m’intéresser à ce qui se passe devant moi. Le film se met à dévoiler les contours de son intrigue (son complot) alors que son protagoniste apprend des informations qui l’éclairent et dissipent progressivement le brouillard dans son esprit, tout en y semant le doute (quelque chose cloche, à l’évidence, une révélation finale attend son heure – je ne l’ai pas devinée) ; et je commence à m’impliquer un peu dans ce je regarde.
Et du coup, la dernière demi-heure passe assez bien, avec en prime une fusillade sympa (pas la finale, anecdotique, mais une antérieure, avec une utilisation maline du brave clébard pour un beau travail d’équipe), j’ai envie de voir comment tout cela va se finir, le programme présente assez d’incertitudes pour ferrer mon intérêt. Une série de flash-backs achève de reconstituer le puzzle, et si deux ou trois « subtilités » m’échappent encore à la rédaction de ces lignes, peu importe, le bordel semble tenir debout, dont acte.
Jusqu’à une conclusion assez grise finalement, idéologiquement un peu douteuse donc marrante (disons poliment que ce n’est pas un héritier spirituel de Navajo Joe quoi), avec une punchline finale un peu merdique (les meilleures) en prime.
Bref, un titre parfaitement dispensable globalement, mais qui démarrait si mal que je dois bien m’avouer agréablement surpris en fin de compte.
Les amateurs de westerns ritals auront plaisir à y retrouver quelques blazes/visages connus, mais j’invite évidemment les autres à passer leur chemin et mater d’abord les bons crus du genre avant de se pencher vers celui-ci.