Une petite pépite de mise en scène et de travail visuel. Tout passe par l'image, qui symbolise en permanence tout ce que le film veut nous dire.
Ces longs plans rigides, froids, hantés par des hommes que l’on croirait réduits à l’état de robots, inquiétants, sans âme, tristes rouages d'une machine tout aussi froide, implacable, inaltérable, dénuée de toute émotion...
Ces décors, sublimés par une photographie qui accentue leur froideur, ne nous renvoient qu'un sentiment de décrépitude, de saleté, de rouille, comme si l'humanité avait déserté purement et simplement ces lieux, pour ne laisser place qu'à des anges de la mort, sans émotions, exécutant froidement leurs basses et abrutissantes besognes.
Il n'y a pas à dire, c'est déprimant, mais magnifiquement travaillé.
Et lorsqu'on surprend le directeur de la prison et son adjoint rire et sembler redevenir humain, ce n'est que pour constater que la raison de cette humeur passagère n'est qu'une nouvelle illustration de leur inhumanité.
Le réalisateur prend tout le temps de nous faire traverser en long, en large, et en travers cette prison, portes après portes, grilles après grilles, contrôles après contrôles, jusqu'à la rencontre entre le jeune procureur bercé d'illusions et le prisonnier politique. Tout du long, nous ne ressentons que l'angoisse à l'idée de se retrouver enfermé ici, et c'est un soulagement mêlé de crainte qui viendra ponctuer le départ du procureur suite à son entrevue.
La suite s'évertuera à perpétuer ces sentiments de crainte et de malaise, illustrant toujours méthodiquement, avec une froideur presque horrifique, limite fantastique, ce système mécanique, jusqu'à une scène a priori banale ou une femme fait tomber ses documents dans l'escalier, au bureau du procureur général. Notre protagoniste s'arrête, l'aide à les ramasser, et tout le monde autour s'arrête, silencieux, dans une scène qui fait froid dans le dos. Il est l'anomalie, car il questionne, car il ressent, car il est mu par une conscience.
Et tout ceci aboutira à un final aussi désespérant qu'attendu, soulignant une dernière fois l'absurdité tristement comique et implacable d'un régime vidé de toute humanité.