J’attendais énormément de Deux Procureurs. J’aime profondément le cinéma russe, et cette période de l’histoire – la grande purge stalinienne – m’a toujours fascinée par sa noirceur, son absurdité bureaucratique, sa violence froide. J’avais encore en mémoire l’incroyable Le Capitaine Volkonogov s’est échappé, film tendu, incandescent, d’une puissance morale et esthétique rare. Autant dire que j’abordais Deux Procureurs avec une vraie attente. Et c’est peut-être pour cela que la déception est si nette.
Le film possède pourtant de très grandes qualités. Le jeu d’acteur est impeccable, précis, habité, d’un naturalisme poignant. La photographie est splendide : un travail d’image d’une sobriété et d’une beauté presque picturale, qui recrée magnifiquement l’atmosphère pesante et feutrée des bureaux soviétiques.
Et surtout, le propos est passionnant : l’idée du film, son fond, son point de vue sur la machine judiciaire stalinienne, tout cela est d’une richesse incontestable.
Mais malgré ces qualités réelles, Deux Procureurs se saborde littéralement.
Le film souffre d’un rythme exsangue, constellé de scènes interminables, de séquences qui ne mènent à rien, de détours esthétiques qui finissent par vider la tension au lieu de l’intensifier. C’est lent, beaucoup trop lent.
On sent qu’il y avait là un matériau dramatique formidable, mais l’exécution noie ce potentiel sous une série de longueurs qui fatiguent, puis perdent le spectateur.
C’est d’autant plus frustrant que la chute est exceptionnelle. Le dernier temps du film, d’une intelligence rare, offre une grille de lecture qui aurait pu être magistrale si la construction n’avait pas été aussi diluée en chemin. Le scénario, à l’état pur, est brillant ; c’est la mise en rythme qui échoue.
On sort donc du film profondément lassé par la lourdeur de sa narration. Là où L’Ombre de Staline, par exemple, parvient à maintenir une tension continue, Deux Procureurs s’étire jusqu’à perdre l’impact qu’il aurait pu avoir.