Vu en avant première à Paris en présence de Mike Leigh, Deux Soeurs (le titre original Hard Truths est bien meilleur) marque le retour du grand réalisateur anglais à son terrain de prédilection, à savoir les classes modestes britanniques à l'époque contemporaine. Milieu social qu'il traite toutefois d'une façon trés différente de son compatriote (rival ?) Ken Loach, en réalisant des films qui, bien que profondément ancrés dans le réel, sont finalement bien plus intimistes et psychologiques que politiques ou sociétaux.
Et Deux Soeurs s'inscrit parfaitement dans la lignée de ses précédentes réalisations: Secrets et Mensonges, Another Year, Be Happy ou High Hopes. En ce sens, c'est du pur Mike Leigh, même s'il n'était jamais allé aussi loin dans la tristesse et la noirceur. Car des personnages aigris, colériques et désespérés on en a bien sûr déjà vu chez le réalisateur (l'inoubliable moniteur d'auto école de Be Happy par exemple), mais jamais à ce degré, ni occupant une telle place à l'écran. Chez Pansy, la tristesse et le désespoir sont tels que l'on frôle la folie ou la maladie mentale. D'ailleurs, de façon intéressante, le personnage est en tout points le double inversé de celui de Poppy (intéressant aussi la similitude entre les deux prénoms) l'institutrice survoltée et inlassablement optimiste de Be Happy.
Ce qui nous emmène à la principale problématique du film à mon sens: le réalisateur ne va t-il pas trop loin et ne caricature t-il pas ? Pendant une bonne partie du film, j'avais l'impression que oui. A mi-chemin de l'histoire, on a en effet droit à une série de scènes trés violentes et assez répétitives qui semblent n'avoir pour seul but que de souligner la colère et la folie du protagoniste principal. C'est un peu comme une suite de sketchs: Pansy achète un sofa, Pansy au supermarché, Pansy chez le médecin, puis le dentiste, dont les ressorts sont les mêmes. On n'a comme l'impression que Mike Leigh enfonce le clou, remue le couteau dans la plaie. C'est impudique, presque gênant, tout en pouvant donner l'impression que le film fait du surplace.
Mais toutefois, le réalisateur parvient à nous surprendre par la suite. Alors que l'on s'attend à une rédemption de Pansy ou du moins à un virage vers quelque-chose de plus positif, le film s'enfonce encore plus dans le chaos et l'obscurité. On n'aura pas non plus vraiment d'explications sur les raisons de l'état de Pansy, même si quelques minuscules indices sont bien distillés. Dans la dernière demi-heure du film, au lieu d'apporter de la lumière à son propos, le réalisateur le densifie et le complexifie d'avantage et ça c'est assez fascinant. Très loin du Happy End classique, Mike Leigh nous laisse finalement avec l'impression de quelque-chose d'assez opaque et mystérieux, ou l'on peut toutefois discerner-en fonction de l'interprétation que l'on en fait- une touche d'espoir.
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