Devant - Contrechamp sur la rétention, d'Annick Reboni, est un documentaire courageux qui ose affronter les secrets les mieux gardés du milieu carcéral français : les centres de rétention administrative. Pas autorisée à filmer l'intérieur et la vie dans ces lieux, ni même la façade et l'entrée du CRA de Vincennes, caché en plein bois de Vincennes et méconnu du grand public, la réalisatrice pose sa caméra devant, dans la salle d'attente où celles et ceux qui vont voir leur proche attendent (et qui ressemble à un abri bus). Recueillant des témoignages, la réalisatrice montre des personnages unis, soudés face à l'injustice d'un tel lieu, décrit comme pire que la prison, enfermant des gens qui n'ont commis aucun délit si ce n'est celui de ne pas avoir de papiers. Elle fait ainsi le portrait d'une France marginale, celle qui attend, et d'une France honteuse, celle qui enferme des innocent.es. Gérés par une préfecture qui se prend pour le shérif à faire la loi à la place du juge, ces CRA sont une aberration dans notre République, et tous les exemples montrés dans le documentaire en attestent.
Le contrechamp de la rétention est une forme de rétention pour les proches des retenus, qui les punit et les prive de vie familiale, remplaçant leur possible bonheur par des heures d'attentes et de stress. Ça brise des familles. Ça brise des amours. Ça brise des vies. Soit on est libéré, soit on est renvoyé dans son pays, soit on se suicide. Il est temps que ça cesse !