DHEEPAN (16,7) (Jacques Audiard, FRA, 114min) :
Une palme d'or intense, une œuvre audacieuse (notamment en langue tamoul), décrivant l'itinéraire d'un ancien "Tigre tamoul" fuyant le Sri Lanka en compagnie d'une femme et d'une jeune fille recrutés au hasard. Le trio se fait passer pour une "vraie famille" en espérant l'asile politique en France. Jacques Audiard s'empare de cette histoire avec densité, pour mieux multiplier les genres avec une maestria exceptionnelle, gros plans sur les visages, scènes oniriques qui vous mettent les poils (cum dederit de Vivaldi accompagnant les premiers pas du héros sur le sol français), caméra portée au plus près de l'action, ou scènes d'intimités d'une justesse dramatique étourdissante. Le réalisateur mêle la chronique sociale de façon intensément politique, avec une histoire d'amour poignante, enchaine les moments de tensions avec des instants où la drôlerie vient s'inviter, un mélange de tendresse et de violence déployé avec une maîtrise totale. Une réussite qui hisse à nouveau le cinéaste au dessus de la mêlée, un film qui dérange les pisse froids, les biens pensants, un long métrage surprenant, où le trio d'acteur non professionnel est tout simplement sidérant. Un film tremblant, heureusement bancal, qui vous hante par ses visions réalistes et imaginaires. Une empreinte pertinente qui interroge, qui secoue, dont l'aspect formel est éblouissant et indiscutable. Un choc de culture puissant, rageur d'une ampleur inégalée dans le cinéma français. Jacques Audiard avec Dheepan reste le boss ! Monsieur, chapeau !