Je tiens premièrement à saluer la performance des acteurs, qui sont tous très bons.
Je tire mon chapeau à M. Audiard pour sa direction d'acteurs. Tout sonne avec une grande justesse, tout semble réaliste, bref aucun couac de ce côté-là.
Heureusement j'ai envie de dire car le film aurait pu être raté sans une interprétation aussi bien maîtrisée.
Passons au moins bien à présent. Audiard adore les plans "porte entrouverte", on va finir par le comprendre je pense. Même si l'usage de ce type de plan trouve une cohérence certaine dans ce film (illustration de la part d'ombre de chaque personnage, des non-dits, de leur condition de réfugiés qui les pousse à la prudence, du désir de Dheepan pour Yalini), le petit Jacques en abuse un peu je trouve et ça en devient presque agaçant à la longue.
D'autres petites astuces de mise en scène auraient pu être utilisées pour faire passer ces messages, ce qui nous aurait épargné cette redondance qui finit par plomber le propos.
Le réel intérêt de Dheepan selon moi n'est pas tant de montrer la difficulté des réfugiés à se faire une place que l'environnement particulièrement hostile auquel ils font face.
Audiard brosse ainsi un portrait très réaliste des banlieues françaises, et c'est à faire froid dans le dos...
Dans ces zones de non-droits, les lois de la République se voient balayées par les "lois de la jungle", et sur fond de trafic de drogue, quelques petits caïds se croyant dans un film de Scorsese font la pluie et le beau temps.
C'est dans ce cadre que Dheepan et sa "famille" vont tenter de s'en sortir, malgré la barrière de la langue et tous ces éléments de la "culture banlieue" qui leur paraissent si étranges, et qu'ils observent de leur fenêtre tels des spectateurs au cinéma, ou des touristes au zoo, au choix.
L'apprentissage progressif de certains codes par les personnages principaux nous laisse penser dans un premier temps que l'intégration est en bonne voie, mais on voit bien vite surgir à l'horizon les démons qui hantent ces réfugiés fuyant la guerre civile.
La violence n'est jamais bien loin, et elle semble parfois être la seule solution, tout n'étant que jeux de pouvoirs et tentatives d'intimidation dans cet univers si particulier.
Par ailleurs, je trouve fort dommage que le film n'ait pas un peu plus mis l'accent sur l'intégration de la petite au sein du système scolaire français, mais bon j'imagine que c'est un parti pris de la part du réalisateur. (Même si il est un peu trop facile de suggérer l'évolution du personnage avec 2/3 scènes au début du film et une à la fin. Tu nous avais habitués à mieux Jacquot).
D'autre part, le personnage de Dheepan est hanté par une sorte de rêve, montré à l'écran à deux reprises.
J'avoue que j'ai eu du mal à saisir la portée symbolique/métaphorique/spirituelle (barrer les mentions inutiles) de ce rêve, si ce n'est le mal du pays que peut ressentir le personnage.
J'en appelle donc à vous, chers amis sens-critiqueurs, pour éclairer ma lanterne concernant l'apparition de cet animal.
La fin du film est intéressante et n'est pas sans rappeler un certain Terrence Malick (je pense en particulier à The Tree of Life avec cette musique planante et ces cadrages oniriques, presque irréels). La référence à Malick m'a un peu gêné sur le coup, mais en y repensant je dois admettre que cette conclusion trouve sa cohérence avec le reste du film.
Dheepan est globalement un bon film, la palme d'or est justifiable, mais le film n'est pas le chef d'oeuvre qui nous a été vendu durant le festival de Cannes.