Dans un pays d'Amérique centrale totalitaire, la religion est bannie et les prêtres exécutés. Le dernier d'entre eux (Henry Fonda, dans une composition douloureuse et taciturne) se résout à fuir le pays.
Le roman de Graham Green fourmille d'idées philosophiques et politiques relativement à un régime "sans-Dieu", au postulat chrétien et, à travers le curé joué par Fonda, à la responsabilité de la prêtrise -fuir ou assister le peuple dans sa souffrance étant le dilemme.
Sur la forme, nul doute que le sujet a inspiré à John Ford, dont on voit l'application dans le dépouillement hiératique du récit et dans l'esthétisme de la photographie. Cependant, la singularité de sa réalisation n'empêche pas qu'en termes d'action, aussi chargée de sens soit-elle, le cheminement clandestin du prêtre, toujours menacé d'être découvert, est assez pauvre dramatiquement. En partie parce que la violence du régime politique visé est édulcorée, théorisée.
Il y a d'autre part ces lourdeurs propres au cinéma de Ford, qu'on mesure notamment dans la prestation mélodramatique et surjouée des seconds rôles. Ainsi, peu critique sur l'action de l'Eglise, le cinéaste filme une population pauvre unanimement croyante et affligée. Henry Fonda apparait dans un rai de lumière, comme incarnant Dieu en personne, aux yeux de villageois figés dans une dévotion grotesque. Le personnage de fille-mère, tout aussi affecté, dévolu à Dolores Del Rio, semble invoquer la Vierge Marie. On avance entre bondieuserie et allégorie dans un film manichéen où John Ford, en bon américain réac, défend la religion contre la révolution.