(SPOILERS)
J’aurais vraiment voulu aimer ce film : on m’en avait dit du bien, je partais avec un a priori plutôt positif et pas mal d’enthousiasme.
Bon déjà le film est très pédagogique. Ce n’est pas un défaut en soi, on a besoin de récits accessibles et explicites, mais je dois bien admettre que j’affectionne davantage les films à la focale plus resserrée, moins obsédés par l’idée de tout montrer et d’expliquer, de cocher consciencieusement chaque case d’une liste prédéfinie.
Ici on est tout de même loin des représentations quasi systématiquement problématiques du cinéma et des séries à la Music et des tropes habituels à la Rain Man, Good Doctor et cie, et c’est déjà un point positif. Et puis représenter l’intégralité des expériences TSA est, de toute façon, impossible : à un moment, il faut faire des choix. On se reconnaîtra -ou non- dans tel ou tel aspect, et c’est normal. Certains moments sonnent d’ailleurs à mon sens très juste : la réaction face à l’annonce du diagnostic, l’attitude de la mère, entre autres.
Le parcours diagnostique, puisqu’on en parle, est lunaire en revanche. Ça aurait été cool cool de proposer une représentation un peu plus réaliste : montrer la difficulté à trouver des pro formé·es, à obtenir des rendez-vous avant 2029, à recevoir un diagnostic quand, justement, on est une femme adulte qui ne correspond pas à tous les clichés du TSA, etc. Et puis, soit dit en passant, une psychologue / neuropsychologue ne peut pas poser de diagnostic. Mais bon, on va encore dire que je chipote.
Mais le cœur du problème, et il est massif, c’est le compagnon. Un personnage dont chaque apparition est douloureuse et dont la médiocrité serait presque supportable si elle n’était pas filmée avec une complaisance aussi gênante. Leur relation est présentée comme une histoire d’amour. On est surtout face à une illustration affreusement banale de nos standards dramatiquement claqués au sol concernant les hommes. Ce personnage est un condensé de médiocrité masculine, mais traité comme s’il fallait lui accorder une indulgence permanente. On est censé comprendre son désarroi. On est censé saluer ses pseudo-efforts tardifs comme une progression admirable. Alors qu’on regarde surtout un type qui passe une heure trente à s’en foutre, à mal faire, mal dire, mal écouter, et à qui le film déroule ensuite le tapis rouge.
Il l’aime « comme elle est », mais bon, si elle pouvait quand même faire des efforts, ce serait mieux. C’est assez ironique quand on a l’impression qu’elle passe déjà son quotidien à s’adapter. Elle « l’étouffe » par sa « densité », mais c’est présenté comme un compliment, puisqu’elle répond par un gros câlin et un sourire. Pardon, j’avais mal compris : c’était donc positif. Et puis bon faudrait pas lui demander EN PLUS de s’intéresser à ce que vit sa compagne, de se renseigner sur ce diag qui vient éclairer sa vie entière sous un prisme différent. La clé USB là, on verra plus tard, il est busy le monsieur. Ça dit quelque chose de très clair sur nos standards relationnels. On applaudit un homme parce qu’il commence timidement à envisager que l’autre existe. Formidable. Et le cinéma continue de nous vendre ça comme une victoire, c’est fatigant.
Et puis évidemment, il y a la grossesse. Est-ce qu’il est possible, un jour, d’avoir des histoires de femmes adultes sans que la maternité débarque comme une évidence narrative incontournable ? On passe sur le fait que le pélo estime que la décision de continuer ou non cette grossesse lui revient autant qu'à elle, sur le fait qu'elle ne se pose même pas la question de continuer cette grossesse initialement mais que finalement mmmhhhh maybe si elle est accompagnée pourquoi pas ? Et puis en plus elle a rencontré une femme TSA aussi qui a deux enfants ! C'est donc que c'est possible ! Incroyable ! Mais bordel, à quel moment c’est mignon de montrer deux adultes dont la relation est franchement bancale, avec une femme qui n’a visiblement aucun désir de maternité initial, se dire que finalement oui, on peut peut-être mettre au monde un individu comme on change son couvre-selle de vélo ?
J'étais plutôt conciliante au début, mais les trop nombreux défauts et le fait que le film se heurte à cette incapacité chronique du cinéma à imaginer des trajectoires féminines qui ne passent pas, encore et toujours, par la validation masculine et reproductive auront eu raison de moi. Je sais néanmoins que ce film a fait du bien à des personnes concernées, j'imagine que c'est déjà pas mal, je regrette juste que ça n'ai pas été mon cas.