Acteur, producteur, scénariste et réalisateur, cela fait plus de 35 ans maintenant que Adam Rifkin traîne dans le cinéma sans jamais avoir vraiment explosé aux yeux du grand public. Si le début de sa carrière est plus orienté vers la comédie et le cinéma pour enfant (il a scénarisé Small Soldiers - La Souris - Underdog Chien Volant non Identifié ) il œuvre aujourd’hui un peu plus dans l’univers du bis (Chillerama) et traite souvent de cinéma à travers ses propres films ( Welcome To Hollywood - Dog Year) . Sorti aux USA en 2016 pour la VOD et le marché du DVD, Director’s Cut est un film curieux écrit par l’acteur Penn Jillette qui a pour lui le mérite de s’appuyer sur un concept assez malin qui le fait ressembler à pas grand chose de déjà vu. Et même si l’originalité n’est pas toujours un gage absolu de qualité, le film de Rifkin s’en tire plutôt bien avec son idée tordue de départ.


En regardant Director's Cut vous allez assister au joyeux piratage d’un thriller horrifique à la Seven par un fou furieux qui avait investi dans le film via une campagne de crowdfunding. Herbert Blount (Penn Jillette) ne se contentera pas de son nom au générique et de ses quelques apparitions dans le film, après avoir dérobé toutes les images du tournage sur un serveur il va en faire sa propre version toute à la gloire de sa mégalomanie et de l’actrice du film dont il est dangereusement amoureux.


En regardant Director’s Cut on a donc la sensation de regarder un film avec le commentaire audio de son réalisateur à cette petite différence près que c’est ici un parasite qui a dénaturé, modifié et vampirisé le film et qui va nous abreuver de sa logorrhée bouffie d’auto satisfaction. Quand le film démarre on reste sur un registre assez soft , le réalisateur opportuniste comment surtout les images du film tourné et monté par le vrai réalisateur histoire de pointer les faux raccords, les clichés, les petits trucs et facilités de mise en scène; autant dire qu’on se demande si le concept ne va pas s’épuiser assez rapidement. Fort heureusement Director’s Cut va monter crescendo dans sa folie à mesure qu’il va dévoiler les coulisses de ce piratage cinématographique hors norme. Avec l’arrivée à l’écran de la comédienne Missi Pyle (que vous avez forcément déjà vue quelque part avec sa filmographie de plus de 200 rôles) on comprends que Herbert Blount est amoureux fou de l’actrice (genre fan inquiétant et harceleur) et qu’il désire réorienter tout le film à sa gloire en multipliant les ralentis pour lui offrir plus de temps à l’écran, en intégrant des séquences inutiles coupées au montage pour peu qu’elle soit dedans et en insérant au forceps des scènes tournées et volées par sa propre caméra. Car la somme investie par ce brave Hervet Blount lui a également permit d’assister à l’intégralité du tournage et d’avoir un hypothétique dîner avec sa star préférée. On rentre alors dans une nouvelle dimension, celle d’un fanatisme inquiétant qui pousse ici Herbert Blount à truffer la chambre d’hôtel de la star de caméra cachée et à voler des images hors tournage quitte à tout bidouiller ensuite à coup de doublage maladroit et d’inserts douteux pour vaguement collé à la trame initiale du film. Le film a le mérite d’épouser comme ça la courbe ascendante de la folie mégalomaniaque de son personnage tout gardant une certaine tendresse pour le cinéma bricolé par amour (et par folie).


Le film devient complètement fou lorsque Herbert Blount finit par capturer la star du film pour tourner avec elle sur fond vert des séquences qu’il va ajouter au film dans des incrustation débiles et dégueulasses histoire de devenir le héros d’une improbable histoire d’amour. Tournage kamikaze , effets spéciaux débiles, séquences oniriques WTF, bricolage d’une séquence érotique de douche totalement barré, cascade à coup de voiture miniature, incrustations immondes, Director’s Cut devient au final aussi incontrôlable, fou et inquiétant que son personnage et Adam Rifkin remporte finalement son pari en ayant fait de son film une odyssée toujours plus profonde et dingue dans la folie d’un mégalomane dangereusement amoureux obsessionnelle d’une actrice et du cinéma. A la fois inquiétant et souvent très drôle on se retrouve à regarder un film totalement fou approuvé avec aplomb par un type sûr de son génie.


Un peu sceptique au départ, Director’s Cut m’a finalement relativement convaincu. Le film d’Adam Rifkin a le mérite de se renouveler à chaque fois pile poil au moment ou l'on commence un peu à se lasser du procédé dans un forme de fuite en avant vers toujours plus de folie.

freddyK
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le 10 nov. 2025

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