Je vais débuter cette critique par une question un peu provocante : si cette purge n'avait pas été réalisée par Steven Spielberg, mais à la place par n'importe quel réalisateur de dixième zone, est-ce qu'elle aurait reçu toute cette attention bienveillante ? Je suis désolé de vous dire que j'ai de très sérieux doutes que cela aurait été le cas.
Dans ce film, le réalisateur revient à une de ses grandes passions : les extraterrestres. Disclosure Day fait même un peu penser à Rencontres du Troisième Type, mais sans sa profondeur réflexive et philosophique ; sans son absence salutaire de manichéisme ; sans ses effets spéciaux qui tiennent magnifiquement le coup alors que Rencontres a quand même près d'un demi-siècle d'âge ; sans une BO absolument mémorable de John Williams.
Pour les effets spéciaux dans le bousin, c'est vraiment à chier. Tous les CGI autour des animaux et des extraterrestres. Tout ce qui tourne autour du flashback se déroulant une nuit neigeuse (sans trop spoiler !), on dirait une publicité Coca-Cola de Noël réalisée en IA. Le rendu est affligeant de laideur. Comment Spielberg a-t-il pu laisser passer cela ? Je sais que le système de santé américain occasionne des dépenses effroyables pour les habitants du pays de l'Oncle Sam, mais, vu sa fortune colossale, je pense que le réalisateur a très largement les moyens de se payer les services d'un bon ophtalmo.
En ce qui concerne la BO, elle est ultra-fade, ultra-oubliable. De la soupe sans saveur comme on en compose un peu trop dans le cinéma hollywoodien depuis les années 2010. Quel choc cela a été pour moi d'apprendre que l'on doit ce résultat pitoyable à John Williams lui-même. Oui, l'immense génie à qui l'on doit des tonnes de compositions brillantes et mémorables. Rien que chez Spielberg : Les Dents de la mer, la trilogie Indiana Jones (oui, la trilogie !), E.T. et, bien évidemment, Rencontres du Troisième Type. L'écart est tout simplement abyssal et en devient vertigineux.
Un mot sur la photographie. Pour être franc, je n'ai jamais été fan du travail de Janusz Kamiński. J'ai toujours trouvé son visuel trop lisse, trop propre, sans aspérité, incapable de faire ressentir la matière, d'être palpable. Il y a constamment un côté artificiel très gênant pour moi. Mais là, il s'enfonce encore plus avec sa photo dont les couleurs dominantes sont le noir, le grisâtre et le jaunâtre (ce dernier provenant de sources de lumière non naturelles !) ; bref, rien ne la distingue d'une production Netflix moyenne d'aujourd'hui.
Ah oui, quand on engage un acteur pour jouer le rôle du chef d'une organisation secrète puissante de l'État profond américain, on évite de choisir un comédien avec un très fort accent british. Colin Firth n'était pas l'acteur le plus approprié. En plus, celui-ci se sent obligé d'en faire dix mille tonnes pour paraître menaçant, pour bien souligner que c'est lui le méchant très méchant qui va s'en prendre aux gentils très gentils. Je vais revenir au problème du manichéisme un peu plus loin.
Pour ce qui est d'Emily Blunt, c'est très triste. C'est une comédienne extrêmement talentueuse, capable de complètement voler la vedette à des partenaires très prestigieux (en particulier dans Le Diable s'habille en Prada ou dans Edge of Tomorrow !), à l'aise dans tous les genres. Malheureusement, elle a cédé aux pressions cruelles de l'âgisme que subissent les femmes dans le milieu du show-business. Son visage figé a été plus distractif pour moi qu'autre chose. Alors que je suis sûr qu'avec toutes ses expressions faciales à disposition, elle aurait pleinement assuré.
Le reste de la distribution fait le boulot sans éclat. C'est plutôt transparent tout cela, en rien aidé par une écriture de personnages conventionnelle, pour ne pas dire cliché. Pourtant, en ce qui concerne l'acteur principal, Josh O'Connor, il est tout à fait capable de se faire remarquer quand on lui donne des emplois bien écrits, des personnages consistants, à l'instar de ceux qu'il joue dans La Chimera, Wake Up Dead Man ou encore The Mastermind.
Pour en rester aux personnages, l'ensemble s'éparpille à un tel point que certains sont sacrifiés en cours de route. Le petit ami agaçant du personnage d'Emily Blunt est si inutile qu'avec deux ou trois petites retouches du scénario, il aurait pu être supprimé. La compagne du héros donne l'impression, dans la première moitié, qu'elle va avoir son importance pour finalement disparaître presque entièrement de la seconde avant de réapparaître de manière parfaitement absurde à la fin. Lors d'une scène, elle s'interroge sur le fait qu'il est possible de croire en Dieu tout en croyant aussi à l'existence des aliens. À partir de là, on pourrait penser que ce questionnement va irriguer tout le reste de l'œuvre. Pas du tout. Le passé de la plupart des personnages est balancé vite fait pour essayer de leur donner désespérément de la consistance, mais c'est évoqué si brièvement et avec si peu de conséquences sur la suite (comme le fait que le père du personnage joué par Emily Blunt a eu la maladie de Parkinson ou que l'antagoniste porte le deuil de sa femme !) que cela ne sert à rien.
Bon, le scénario en gros, c'est les méchants très méchants qui ne veulent pas que l'existence des extraterrestres soit révélée au monde alors que les gentils très gentils le veulent. À aucun moment on ne se dit que chacun de ces points de vue pourrait avoir des arguments défendables. Non, on sait très bien qui sont les très méchants et qui sont les très gentils. Et pour être sûr que l'on ne se trompe pas sur qui est qui, vers le début du film, on a une séquence dans laquelle l'antagoniste principal est en mode Josef Mengele pour les aliens. Ah oui, et les méchants très méchants décident un coup qu'ils doivent buter le héros (passant son temps, d'ailleurs, tout au long du film à se faire capturer, à se faire libérer, à se faire capturer, à se faire libérer, etc.), un coup non, selon ce qui arrange le scénario.
Mais le pire du pire est réservé à la fin. Une fin d'une naïveté qui confine à la stupidité la plus embarrassante et la preuve que Spielberg n'a pas du tout conscience de l'époque dans laquelle nous vivons aujourd'hui.
Alors, des images montrant l'existence des extraterrestres sont diffusées à la télévision. Le pays tout entier apprend donc ainsi la vérité. Euh, premièrement, je ne trouve pas un seul instant crédible qu'une chaîne de télévision accepte, comme cela, en dix secondes, de diffuser les images. Certes, vous allez me dire qu'elle vérifie que ce n'est pas de l'IA en ayant recours à un logiciel dans ce but. Mais rien ne lui dit non plus qu'il ne pourrait pas s'agir de films tournés avec des acteurs et des trucages. Deuxièmement, on voit la réaction du public, chacun rivé, bouche bée, sur son portable, avalant la vérité sans la moindre résistance. Déjà, à l'heure d'Internet, les centres d'intérêt sont à ce point fragmentés, y compris dans le domaine de l'information, qu'une partie de la population n'en aurait absolument rien à foutre. Ensuite, parmi une part très loin d'être négligeable de celles et ceux qui apprennent la vérité, il y aurait une inévitable remise en doute parce que tous les gens n'ont pas une confiance démesurée dans les médias (pas à tort, malheureusement !), mais aussi parce qu'ils se diraient certainement : « C'est truqué, c'est de l'IA ! ».
Autrement, si on pouvait arrêter avec ce type de séquence à deux balles, pas crédible pour un sou, du petit-déjeuner avec le personnage qui prend bien le temps de préparer son repas pour se rendre compte d'un coup qu'il est en retard (visiblement, il n'a pas pensé à surveiller l'heure avant !), qu'il n'avale rapidement qu'une seule bouchée avant de partir précipitamment, franchement, ce serait formidable.
Allez, je vais être charitable en conclusion avec le cinéaste vu les immenses trésors du septième art qu'il nous a offerts à une époque qui paraît aujourd'hui bien lointaine : il y a tout de même deux séquences d'action pas mal réalisées — même si pour l'une d'entre elles, on peut se demander si les méchants très méchants n'ont pas de la merde dans les yeux étant donné que le protagoniste gentil très gentil est juste quelques mètres derrière eux, bien visible. Ouais, bon... il n'empêche, globalement, à cause de ses nombreux et lourds défauts, Disclosure Day demeure quand même une merde.