Si le premier long-métrage de Pier-Philippe Chevigny a changé de titre en traversant l'Atlantique, de Richelieu, au Québec à Dissidente , en France, il n'en a pas perdu pour autant sa puissance de feu pour démonter les mécanismes d'un capitalisme qui bafoue au final toute dignité humaine. Un patron français met ici la pression sur le responsable d'une usine québecoise qui n'a d'autre réponse que celle d'exploiter des ouvriers guatémaltèques, dans des conditions de travail exécrables, pour des salaires de misère. L'intelligence du récit de Dissidente vient du choix de son personnage principal, une jeune femme, elle-même aux abois financièrement, traductrice en espagnol et donc chargée de transmettre les instructions d'une directeur d'usine sans scrupules. Un véritable dilemme pour cette héroïne qui n'a pas nécessairement l'âme d'une lanceuse d'alerte mais qui ne peut rester insensible à l'injustice et au statut d'esclaves modernes et invisibles des travailleurs d'Amérique centrale. Ariane Castellanos est pour beaucoup dans la force de frappe de Dissidente, avec son interprétation viscérale qui rappelle celle des meilleures actrices des films de Ken Loach ou des frères Dardenne. Avec en contrepoint la prestation remarquable d'un acteur québécois plus familier, Marc-André Grondin, parfait en salaud de patron.