Un peu frustré par ce film, car je peux entrapercevoir deux (voire trois) grands films, mélangés de façon maladroite pour obtenir quelque chose qui fonctionne très bien par moments, mais beaucoup moins dans d'autres. Je pense que le plus gros problème qu'il a c'est son narratif, mi fiction mi-réel, ça met une double distance vis-à-vis du spectateur qui fait qu'on ne sait jamais où se placer, et c'est pas que mélanger fiction et documentaire soit impossible, d'autres l'ont très bien fait avant, c'est juste qu'ici c'est très mal fait, on perd le naturel d'un documentaire, et le narratif d'une fiction.
Mais c'est surtout le mélange des histoires de ces deux femmes qui me gêne. Pourtant c'est le pitch de base du film, le fait qu'elles aient toutes les deux perdu leur mère a un jeune âge sans l'avoir réellement connu, mais là où le film cherche à nous montrer une connexion, j'y vois juste une sorte d'addition. L'histoire de Bohringer est touchante aussi, mais elle ne laisse pas respirer celle d'Autain, ayant toujours quelque chose à rajouter par dessus.
La partie sur Autain est la plus touchante du film, qu'il s'agisse de sa narration ou des reconstitutions fictives de son enfance avec sa mère, le film ne fonctionne jamais aussi bien, avec un style me rappelant un peu Terence Davies pour les flashbacks. Le seul défaut dans cette partie, c'est le casting de la jeune Clémentine, 5 minutes avant son apparition, Autain nous dit "tu étais brune aux yeux bruns, je suis blonde aux yeux bleus", et la jeune Clémentine est brune aux yeux bruns. Je comprends pas trop le choix, mais bon, c'est accessoire.
La partie centrée sur Bohringer me dérange un peu plus, c'est là que le mélange entre le docu et la fiction est le plus flou, et les scènes avec la psy sont insupportables. Quand l'enquête sur les origines de sa mère devient le centre du film, ça redevient intéressant, mais je trouve aussi que ça aurait été plus pertinent de faire un documentaire centré dessus, tout en pouvant le relier à la problématique systémique qu'il dégage.
Le manque de connexion se ressent partout à travers le film, Bohringer surenchère sur ce que raconte Autain, mais Autain est mise de côté quand Bohringer raconte son histoire. Au final j'ai presque juste l'impression qu'inviter Autain à adapter son livre c'était juste une excuse pour elle de raconter sa propre histoire, chose peut-être impossible sans l'accroche de base de l'adaptation. Je comprends le geste, mais je suis un peu gêné par le résultat final.
D'ailleurs en terme de réalisation, je trouve Bohringer très intéressante dans les phases scénarisée (encore une fois, j'ai l'impression qu'il y a une claire inspiration de Terence Davies à ce niveau là), qui joue beaucoup sur le flou et des détails "superflus" qui restent plus facilement ancrés en nous que des scènes complètent de la vie. Ça et le plan séquence de fin, c'était très fort émotionnellement (j'ajoute aussi un certain gag pour impliquer son fils qui est assez drôle), mais les phases plus orientées sur le réel sont vraiment très plates, et surtout mal jouées (faire simuler le réel à des non acteurs, c'est ultra casse gueule).
Dans l'ensemble ça reste une belle expérience, très touchante, mais qui me frustre sacrément car on a tout ce qu'il faut pour avoir un grand film centré sur Clémentine Autain et sa mère, un grand documentaire sur Romane Bohringer et le parcours de sa mère, voire un grand film de discussion entre les deux femmes sur la similitude et les différences de leurs expériences, et comment elles ont pu se défaire de tous ça pour devenir mères à leur tour. A la place on a un mélange des trois qui est poussif par moments (les discussions avec la psy, tuez moi), et qui me laisse juste un sentiment de gâchis.