"Les visiteurs du soir" voulant fuir l'Occupation sadiquement vaccinés

"En tant qu'acteur, plus un personnage est ambigu et plus il m'intéresse", a avoué un jour Michel Serrault.
Il n'a pu que se sentir comblé avec ce film !
Il y incarne l'abominable et insaisissable "Docteur Petiot", un des plus grands criminels de tous les temps ! Et comme sa "folie" d'acteur au service d'un personnage l'emporte sur toute considération morale, il réussit une composition de génie.
Combien de personnes Marcel Petiot a-t-il assassinées puis carbonisées dans sa chaudière en 1942, 43, 44 ? Cela reste imprécis, mais au moins une trentaine ! Le film se ferme sur les 53 valises trouvées sur place...
Que l'on se rassure : pas de vision d'horreur, mais un regard d'auteur avec Christian de Chalonge ("Malevil", "Les 40e rugissants", "L'Argent des autres"). Il veut surtout faire ressentir à quel point la personnalité détraquée de Petiot et la période historique et hystérique - l'Occupation - sont en fait indissociables. La journée, il y a un médecin bizarre qui espionne avant consultation ses patients, dont bon nombre de Juifs menacés de déportation. Et la nuit venue, il y a un fou meurtrier qui pille des valises-trésors pendant qu'agit le monstrueux remède pour "Les visiteurs du soir" soit-disant vaccinés avant le grand voyage vers la liberté !
Le mérite et la force du film sont de restituer Petiot sous toutes ses facettes : kleptomane, nyctalope, amis de collaborateurs, mythomane qui réussit à bluffer tout le monde jusqu'en 1946 ; mais aussi médecin ému par une petite malade, père ouvert et mari brodant le point de Valencienne ! Rôle en or pour Serrault, fasciné par les dérapages humains :"On est tous capables du pire et du meilleur".
Christian de Chalonge épargne au spectateur la vision de cadavres découpés ou calcinés. Mais joue quand même avec ses nerfs car il restitue le Paris de l'Occupation dans un style expressionniste par moments cauchemardesque. Originalité et puissance de sa mise en scène avec les virées nocturnes de Petiot pédalant sur fond d'architectures démesurées, avec des effets de cape au vent illustrant de façon un peu outrée le surnom "Vampire de l'Etoile".
Et il y a Michel Serrault et son jeu vampirisé jusqu'au malaise. Il maîtrise tout, son maquillage comme son incomparable capacité de dédoublement, et trouve le juste délire à l'écran.
En "Docteur Petiot", il est géant !

Ticket_007
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le 27 mai 2016

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