Poursuivant ma découverte de la filmographie d'Akira KUROSAWA au rythme de mes achats en DVD de ses films, je découvre donc celui-ci qui sera donc le seizième film que je vois du maître sur un total officiel de trente trois films réalisés.


Il s'agit en ce qui me concerne de l'œuvre la plus absconse et hermétique qu'il m'ait été donnée de voir jusque là, un long métrage qui touche à l'expérimental, dont j'ai du mal à cerner le propos ou une thématique, mais qui n'en demeure pas moins fascinant au sens philosophique du terme, c'est à dire proche de la sidération.


Dans un bidonville qu'on devine aussi proche géographiquement d'une grande métropole (Tokyo ?) qu'éloignée de ses priorités vit à la marge une société humaine composée d'âmes miséreuses qui chacune composera la métaphore d'un monde à la marge mais fondamentalement humain.

Il y a tout d'abord cet adolescent qui s'est donné pour mission de chaque jour conduire son tramway imaginaire à travers ce décor sordide et grâce à qui nous irons de rencontres absurdes en rencontres dont le sublime le dispute au tragique, où la sordide poésie qui se dégage ne constitue pas le moindre des paradoxes du film.


De ce père et son enfant survivants de mendicité dans la carcasse d'une vieille voiture en rêvant leur maison idéale, de ces deux ivrognes impénitents qui échangent leurs femmes sous les commentaires de ce groupe de femmes oisivement occupées autour du robinet qui constitue l'unique point d'eau du lieu, cet oncle incestueux qui exploite une nièce dont la fragilité réveillera en elle un instinct de survie mortifère ou encore ce médecin humaniste qui semble être à la fois l'ultime rempart à la folie vers laquelle mène forcément ces existences à la marge et être lui-même aux portes de cette dite folie.

Tout ce petit monde évolue, plus ou moins en connexion avec les autres dans un ballet surréaliste souligné par l'utilisation de la couleur - une première pour Kurosawa qui aura pris son temps avant de délaisser son noir et blanc de prédilection - dans une approche sensorielle époustouflante.


La façon psychédélique, très onirique, parfois théâtrale foncièrement picturale, dont Kurosawa travaille cette nouvelle matière confère au film une aura presque mystique qui participe à l'aspect expérimental général, comme si l'artiste avait voulu insérer à son récit d'avantage d'imaginaire et par conséquent d'irréel que d'accroches concrètes à une compréhension nette et établie d'un sens à l'ensemble. Dès lors le film se mue en un kaléidoscope fantastique qui fragmentant le réel nous invite à voir derrière la force de l'imagination et par ricochet la force première de l'art cinématographique.


Mise en abîme de son rapport à la réalisation, à son approche esthétique, qui pour surprenante qu'elle soit n'en est pas pour le moins passionnante et intellectuellement stimulant.

Créée

le 13 nov. 2023

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