A quiet little town not far from here
L'arrivée de Grace (Nicolas Kidmann) dans une petite ville, Dogville, parce qu'elle fuit des gangsters, va bouleverser leurs vies. Pour ne pas encombrer son propos, Lars Von Trier fait le choix d'un décor minimaliste au plus au point, flirtant avec le monde du théâtre. Si les premiers minutes peuvent interpeller le spectateur par ce choix, celui-ci se révèle particulièrement opérant pour le sujet traité.
Tom rencontre Grace. Celui-ci s'est autodésigné comme le philosophe du village et souhaite confronter les villageois à leurs lacunes et leur égoïsmes en leur proposant d'aider à cacher Grace de ces bandits qui la cherchent. Il leur propose de faire sa connaissance pendant deux semaines, et de trancher ensuite. Sans l'unanimité, Grace devra repartir.
Le film, comme souvent chez Lars Von Trier, est proposé en chapitre, de 1 à 9 et leur titre donne un large aperçu du contenu et de l'évolution de l'histoire.
Tom est également écrivain. Amoureux de la jeune femme, il lui confiera écrire une histoire inspiré de Dogville, mais ne pas savoir comment nommer la ville, pensant que "Dogville" lui enlève son caractère universel. Or c'est justement cet espace clos, ces 15 et quelques habitants qui représentent ici l'humanité toute entière. Ils sont l'illustration de ce qu'il y a de pire dans l'humanité. Suivre la descente aux enfers du personnage de Grace qui, peu à peu, se noie dans cette ville où chacun se permet d'exiger et d'abuser d'elle simplement parce qu'ils en ont le pouvoir.
Que dire du personnage de Grace? Arrogante dit son père, là où nous voyions au départ qu'une gentillesse excessive. Arrogante parce qu'elle excuse aux autres ce qu'elle ne s'excuserait pas à elle-même. Mais sa tolérance aux failles des autres participera à l'accroissement de la cruauté à son égard. Le déchainement d'une violence inouïe s'abattra sur le personnage qui tentera pourtant de leur faire prendre conscience de leur agissement, en leur expliquant ce qu'ils lui font subir. Mais les habitants entêtés seront incapables d'accepter leurs comportements, tout comme au début du film ils étaient incapables d'admettre leur égoïsme.
Poussée dans ses derniers retranchements, violée par tous les hommes du villages et maltraitées par toutes les femmes, attachée ; elle finira par se questionner sur ce qu'elle envisage de la nature humaine. Et si elle ne se le pardonnerait pas à elle-même, pourquoi le pardonner aux autres? Cette femme aux élans de générosité et d'absence de jugement finira par s'adonner à un massacre et tuer tous les habitants de Dogville, faisant à son tour preuve d'une cruauté encore décuplée. Comment une femme innocente, cherchant à fuir une vie de gangster par conviction se retrouve confrontée à ces idéaux d'amour de l'humanité. Grace devient un monstre parce que l'humanité a profité de ses faiblesses exposées sans crainte.
Manger ou être mangé. A l'image des autres réalisations de Lars Von Trier, ce film est dérangeant et sombre, il dépeint une humanité cruelle et assoiffée de pouvoir. Un nouveau coup de canif porté à l'image de la psychologie humaine pleine de bon sentiments pour un réalisateur qui s'attache à démontrer point par point (ou plutôt film par film) que les humains ne sont que vices.