Lars Von Trier n'a que faire des beaux décors avec de magnifique paysage ou des décors bourrés de détails et d'accessoires. Il préfère foutre, en guise de maison, des délimitations blanches et il arrive à faire passer cela pour un village. On a le droit à un huis clos au décor minimaliste se passant dans un Studio. Ce choix de mise en scène est fabuleux mais en même temps risqué car le film se déroule comme une pièce de théâtre, avec 9 chapitres, avec une durée de presque 3h00. Cela peut être très éreintant à visionner, surtout quand on est habitué à des grosses mises en scènes sur fond vert. Là, on peut dire que c'est un décor bricolé, mais judicieusement bricolé. Pour différencier certains bâtiments par rapports aux autres, comme une église par exemple, on y ajoute un clocher.

Cette mise en scène n'est pas anodine. La direction artistique adoptée n'est pas faite sur un simple hasard. Elle découle logiquement de l'histoire. "Dogville" est un petit village crasseux et hostile avec des habitants tout aussi crasseux et hostile qui voient l'arrivés d'une étrangère dans leur quotidien. On remarque donc un éclairage sombre et ambiance est froide pour représenter "Dogville". Le studio délimite les frontières de la ville et de ses habitants. Le studio dépeint l’atmosphère privée. Donc quand une entité étrangère pénètre dans se milieu personnel sécurisant, une paranoïa s'installe chez les habitants comme-ci on violait leur territoire.
Un dispositif astucieux pour montrer cette peur de l’étranger. On pourrait croire que se montage ne sert que pour ce détail mais il montre aussi le travail énorme de la réalisation. Je rappelle que les maisons sont des simples traits blancs, donc quand on a une scène avec deux personnages qui discute, on aperçoit tous les autres habitants de la ville dans leurs maisons a vaquer à leur occupation. La direction des acteurs est vraiment à saluer. La performance des acteurs aussi est à saluer, surtout Nicole Kidman. Notre belle amie Nicole joue l’étrangère, Grace, cet élément perturbateur qui vient s'imposer dans la vie des habitants de Dogville. Nicole Kidman a ce visage mystérieux auquel on a dû mal à donner des intentions ou un âge.
Grace est une fugitive qui veut juste refaire sa vie et elle se retrouve à Dogville. Elle se dévoue corps et âme aux habitants en effectuant pour eux des tâches quotidiennes. Pensant qu'elle c'est faite accepter par la ville, elle se rend compte qu'ils la considèrent toujours comme une menace. Elle se retrouve exploitée par cette communauté.
Elle se fait violer et même manipuler par certains des villageois qui la rendent aux yeux des autres, encore plus menaçante et arriviste. Dogville, ce village accueillant se transforme en un régime esclavagiste et fasciste se concentrant sur une seul personne. Cette peur de l'étranger, du changement , créée à l’intérieur des habitants un monstre sadique se défoulant sur Grace. Même le personnage de Tom, qui nous est présenté comme l'intellectuel des lieux devient menaçant. Dogville est un état au régime totalitaire.

Le clou du spectacle se déroule dans la scène final. Une déclaration à la vengeance qui signifie la libération de Grace qui était totalement captive dans cette ville. Elle abandonne sa vie d'humiliation pour revenir dans le cocon qu'elle fuyait. Elle tire un trait sur ce passage de sa vie en détruisant tout et en tuant de ses propres main Tom, le seul habitant qui essayait de l'aider mais qui restait pourri par la vision de ses voisins.

"Dogville" est un film qui image le parcours d'un étranger fuyant son pays pour s'établir dans un autre état qu'il pense plus adapté à lui et il se rend compte qui ne sera jamais accepté et toujours traité comme un simple étranger. Ce film définit un peu la place qu'ont les étrangers aux états-unies. Mais cela reste à débattre.
Saoirse
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le 5 sept. 2013

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le 5 sept. 2013

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