Être un élève studieux à tendance geek quand tu vis dans un quartier chaud de Los Angeles, c'est pas évident. D'autant plus si tu t'habilles de la façon que ta maman l’obligeait en CE2. Et encore plus si tu restes bloqué dans les années 90, au point d'écouter de la musique dépassée et d'avoir la même coupe de cheveux que Paul Phoenix dans Tekken. Et si en plus t'es un négro, c'est fini, c'est la merde, t'es condamné.
C'est donc le sujet qu'a choisit de mettre en scène Rick Famuyiwa pour son quatrième film : Dope. Mais là où le cinéaste est surprenant en abordant la condition des noirs américains dans les ghettos, c'est qu'il évite d'user des clichés d'une certaine lourdeur pour servir son propos. En effet, ce dernier prend partie de seulement l'effleurer en continu, avec une certaine subtilité et de se servir de ces idées toutes faites pour raconter une histoire aussi drôle que «dramatique».
Bien entendu, si le film souffre de quelque chose, c'est bien de ses convenances qui nuisent un peu à la crédibilité du film. Dans ce monde où on côtoie sans cesse dealers et fusillades avant ou après le lycée, dans lequel on est contrôlé à chaque entrée à l'aide d'un portique détecteur, cette bande de ringards attire tout autant de sympathie que le scénario est convenu. Bien que l'ensemble soit assez subtil et qu'on est dans une bonne immersion, on y décèle une petit poignée de facilités, dont une qui donne bien envie de mettre son slip sale sur la trogne en se mettant des claques.
Ici si on est un geek et qu'on sonne au portique, c'est pas qu'on a un flingue coincé entre un stock de MDMA capable de faire danser un troupeau de 10 éléphants sur du Patrick Juvet tout le night, non non, c'est juste le portique qui se met d'un coup à déconner, donc tu peux passer wallah ce n'est pas de ta faute.
Cette ascension fortuite en tant que «dope» qui refile de la dope, suite à cette riche scène dans la boîte de nuit, se révèle étonnement tout autant palpitante. Étant grandement inspiré par Woody Allen, Rick Famuyiwa mélange habilement les genres pour rendre son œuvre aussi cool qu'accessible, et donc réussie. Ce qui est remarquable, c'est la tension permanente que ce film à l'apparence légère dégage.
D'une part la tension dramatique est presque omniprésente vu la situation haletante de nos protagonistes, et vu l'important nombre de scènes fortes. D'autant plus efficace qu'elle est doublée d'une réalisation remarquable, avec ce rythme rapide et ce montage ingénieux. La scène qui en serait l’apogée serait sans nul doute celle de cette «débandade», qui se suit d'un trajet en voiture peu recommandable. En effet, ici tout est maîtrisé, c'est aussi drôle avec cette conduite sous drogue et cette envie d'uriner, que stressant avec ce croisement du frère et de la police. Sans compter le montage qui bouleverse l'ordre chronologique qu'est absolument trop de la balle.
D'un autre côté, il y a une autre tension, qui touche une partie intime masculine, plus sexuelle. Devenir cool permet d'attirer la convoitise, et ici c'est aussi mal emmené qu'efficace : tout le monde veut sa queue. Chaque fois qu'une fille envahit l'écran, elle est toujours plus charmante ou sexy l'une que l'autre, qu'elle soit nympho accro à la dope ou studieuse avec anneau vache qui rit dans le pif. Une fois encore, la mise en scène est tout bonnement excellente et fait que la tension est poignante, chaude, au point qu'il dû y avoir plein d'un boxer victime d’écartèlement.
Notre héros étant un fan inconditionnel du hip-hop des 90's, la B.O est en tout à l'honneur et ne fait peut-être pas forcément partie des meilleures, mais du moins des mieux utilisées. Chaque chanson est judicieusement sélectionnée afin de correspondre à l'action ou à une émotion, jusqu'à parfois servir de complément au récit. Et c'est à l'image du film, qui est une grande réussite, bien qu'il souffre de sa convenance, avec cette montée trop facile et cette domination des événements perturbantes. Mais néanmoins, Dope reste un film dans l'ère du temps parfaitement maîtrisé, et aussi divertissant qu'il est saisissant ou intéressant sur cette condition négrière aux États-Unis. Une bonne œuvre qui mérite de faire bouger les choses, mais qui ne changera bien entendu pas grand-chose au problème. Et c'est finalement tant mieux, sinon si ce n'est pas les noirs, qui est-ce qui nous refilerait un peu de drogue ?