Quel dommage que ce film vienne réactiver tous les clichés transmisogynes possibles car il avait un bon potentiel. Les acteur·ices jouent bien, c'est drôle, les scènes de suspense et de transformations sont maîtrisées, le mélange entre la légende de Jack l'éventreur et le roman de Stevenson s'articule très bien.
J'étais même assez étonnée de la manière dont le genre est traité comme complètement contingent : il suffit de quelques doses d'œstrogène pour devenir une femme, pour "avoir une belle peau et pas de calvitie" (littéralement un des dialogues du film, qui fait écho au vécu de beaucoup de personnes trans prenant des hormones), pour éclater d'une joie euphorique en se regardant dans le miroir et y voir une femme. De même, lorsque Robertson, son ami, demande au Dr Jekyll avec stupefaction s'il a changé le sexe de son cobaye (une mouche), Jekyll répond avec nonchalance qu'il lui a effectivement "attribué des caractéristiques femelles", venant ainsi désamorcer les discours habituels sur les infranchissables limites qui séparent les genres et les sexes.
Hélas, le film prend par la suite un virage assez prévisiblement réactionnaire : la femme transgenre est vicieuse, manipulatrice, indomptable et assassine. Elle se sert de ses atouts féminins pour piéger les hommes, et gagner la confiance des femmes. C'est là l'un des stéréotypes les plus tenaces et les plus dangereux à l'égard des femmes trans : l'idée selon laquelle elles seraient des hommes déguisées en femme pour pouvoir s'en prendre aux "vraies" femmes.