Coppola's Dracula et non Bram Stoker's Dracula
En voyant comme titre original "Bram Stoker's Dracula" on pouvait s'attendre à un respect fidèle de l'oeuvre de l'auteur, avec pour couronner le tout un réalisateur (Francis Ford Coppola) qui a fait ses preuves. Et pourtant ce film est une grosse déception.
Dracula apparaît comme un monstre presque comique dans son château de Transylvanie. Qui donc a imaginé une telle coupe de cheveux ? Son côté sombre est complètement occulté au profit d'un Dracula victimisé retrouvant son Elisabetha sous les traits de Mina. Les rares moments où il est sauvage sont ceux où il se transforme en animal. Il faudra d'ailleurs m'expliquer la présence de ce gorille...
Le gros point noir reste pour moi la transformation des deux personnages féminins principaux en femmes complètement lascives. Ça n'est pas du tout comme cela dans le roman, et sur ce point Coppola a complètement dénaturé l'oeuvre de Stoker. Passe encore pour Lucy, mais alors pour Mina, c'était profondément choquant de la voir tomber sous le charme de Dracula (Coppola inventant une romance qui là encore n'existe pas dans l'oeuvre originale). L'histoire d'amour entre Jonathan et Mina est marquée par la fidélité jusque dans les pires moments dans le roman. Leurs sentiments pour l'un et l'autre ne sont jamais altérés et tendent même à se renforcer quand ils sont confrontés à des épreuves. Or, dans ce film nous avons presque affaire à une trahison sentimentale de la part de Mina, y compris à la fin où elle reste au chevet d'un Dracula agonisant et non dissous en poussière comme c'est le cas dans le livre.
Au niveau des personnages, Van Helsing a un rôle bien moindre, ce qui laisse moins de place à Anthony Hopkins pour exprimer son talent. Renfield est transformé en une espèce de monstre ressemblant à Frankenstein physiquement, et qui est supposé avoir été en Transylvanie alors que rien ne nous est indiqué dans le livre.
Enfin, le roman étant épistolaire, Coppola a glissé çà et là quelques mentions de dates et d'indications permettant de savoir qui écrit et qui raconte mais c'est très accessoire, et à la fin du film il n'y a plus aucune trace de cette particularité du roman.
Cependant, malgré le parti pris très romancé de cette adaptation, on ne s'ennuie pas, et je pense qu'une personne n'ayant pas lu le roman ne sera pas aussi déçu que je le suis, car ce film reste un bon divertissement, voilà pourquoi je ne peux trop descendre la note. Toutefois, les groupies du roman de Bram Stoker ont dû s'arracher les cheveux en voyant le titre présomptueux qu'a choisi Coppola pour son film et le résultat in fine.